L'édito du mois

Zara NAZARIAN, directrice de la publication

Quelques réflexions après le départ de la délégation régionale

La récente visite de Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, accompagné d’une délégation régionale significative à la fois par sa qualité et son nombre, a redonné un nouvel élan aux relations entre la France et l’Arménie. Un élan qui n’est pas superflu dans un contexte où la France loue l’importance stratégique et le dynamisme de l’Azerbaïdjan, où les observateurs avertis soulignent la nécessité de dépasser les simples déclarations d’intention en matière de coopération entre la France et l’Arménie pour la rendre plus concrète. Il convenait aussi de contrecarrer les effets de l’annulation par les tribunaux administratifs français de plusieurs Chartes d’amitié signées entre les communes de l’Artsakh et de la France. 

Le président Wauquiez a pu, lors de son court séjour, visiter des lieux de visite «traditionnels», comme le monument aux victimes du génocide ou alors l’Université française en Arménie (pour laquelle, excellente nouvelle, il a annoncé un don de 600 000 Euros), mais aussi se rendre à Gumri, deuxième ville d’Arménie qui a encore du mal à effacer les traces du séisme survenu il y a plus de trente ans. 

Enfin, il s’est entretenu avec Massis Maïlian, Ministre des Affaires étrangères d’Artsakh, candidat à la présidence de la petite république autoproclamée, et dont les chances d’y accéder se sont accrues ces derniers temps. Cet entretien a donné lieu à une déclaration d’amitié entre l’Artsakh et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, dans laquelle Laurent Wauquiez s’est dit être attaché aux valeurs telles que « protection des peuples, de liberté et de droit à l’autodétermination », en souhaitant que les autorités d’Artsakh soient réintégrées dans les négociations concernant l’avenir de ce petit bout de terre indomptable.

Mais le message perçu peut-être le plus important de cette visite fort sympathique et encourageante est celui où Laurent Wauquiez a dit avoir pris la mesure de l’enjeu géostratégique de la cause arménienne. Rien de mieux pour rassurer les Arméniens qu’ils se trouvent à l’intérieur du pays ou en diaspora, tout particulièrement dans le contexte trouble dans lequel se trouve en ce moment cette partie du globe. « La Région doit veiller sur ce pays », - a déclaré Laurent Wauquiez en parlant de la Région qu’il dirige. Un jeu de mots qui s’impose, car le rôle de l’Arménie dans sa région d’ancrage devient de plus en plus stratégique. 

Les derniers développements autour de la Turquie et sa politique d’expansion militaire ont fini par décourager les plus fervents défenseurs de la cause turque au sein de l’Europe. Faut-il encore se souvenir des arguments de certains hommes politiques français qui défendaient bec et ongles la candidature de ce pays à l’Union européenne ? Mais à toute chose malheur est bon : peut-être, cette attitude servira-t-elle de déclencheur à une prise de conscience du rôle de rempart qu’est celui de l’Arménie dans la région, à son insu ou délibérément ? La réponse à cette question est urgente, car les risques encourus sont trop importants.  A bon entendeur…