« A propos de lui ou comment n’a-t-il pas eu peur de l’ours »

Arts et culture
08.10.2019

Six détonations, un cri… puis un homme qui s’éloigne, haletant, dans la nuit… Produit par les réalisateurs arméniens Arsen Azatyan et Nariné Mkrtchyan, le long-métrage « A propos de lui ou comment n’a-t-il pas eu peur de l’ours » a obtenu quatre nominations, dont celle du festival international du film de Rotterdam.

Par Tatève Thomas

Au cinéma  depuis le 27 septembre dernier, ce film retrace les tragiques événements de Gyumri du 12 janvier 2015, lorsque, en pleine nuit, un soldat de la 102ème armée russe basée dans la ville, s’infiltre dans une maison et tue, tour à tour, tous ses résidants arméniens - cinq adultes et deux enfants de 3 ans et 6 mois - et ce, sans que l’on sache pourquoi. Une histoire des plus sombres qui en suscita d'autres: manifestations, accidents et émeutes dans la ville de Gumri et dans toute la région pendant plusieurs jours.

Malgré les approches nationalistes visant l’identité russe, inévitables dans le contexte de cette histoire, le film adopte un point de vue nouveau en mettant en exergue les valeurs humaines universelles. Les deux réalisateurs, Arsen Azatyan et Nariné Mkrtchyan, expliquent ce choix : « On met le nationalisme de côté car c’est l’affaire des politiciens. Ce qui importe pour nous est de transmettre au spectateur une opportunité de réfléchir. » Ainsi, dans une perspective morale, le long-métrage étale toute la palette des émotions humaines. Indignation, bouleversement et désir de vengeance, c’est dans ce cadre chaotique qu’évoluent les personnages du film.

A la sortie des salles du cinéma, maints spectateurs ont déclaré s’être comme projetés inconsciemment dans l’histoire. « Ce film a quelque chose de mystérieux. J’avais vraiment l’impression d’avancer de tâtonnement en tâtonnements, aux côtés des protagonistes. », déclare l’un d’eux. Une impression qui s’explique notamment par les longs plans-séquences : tout en soulignant le combat intérieur de chacun des personnages, déchirés entre l’agressivité et la pitié, la violence et la paix, ils se révèlent être à portée philosophique. « Le film tourne autour d’une problématique purement humaine : comment allons-nous éduquer nos enfants ? Allons-nous leur transmettre notre cruauté ?  » commente le critique de film, Edwin Karels.

Bien que ce long métrage vise un public plutôt âgé, il a toutefois détenu un nombre important de jeunes acteurs pendant le tournage. L’une d’eux, Noïem Thomas, une jeune française ayant obtenu un rôle secondaire, partage ses impressions : « Ce film a quelque chose des films d’André Tarkovsky : au premier abord, il peut paraître simple, voire ennuyant de par la longueur des plans-séquences, mais il cache des messages symboliques. En effet, ce film laisse place à de nombreuses interprétations, qui varient du sujet qui le regarde. Il n’y avait qu’à voir les réactions très variées des personnes qui avaient assisté à l’avant-première, qui venaient nous faire part de leurs émotions, de leurs sensations. Le long-métrage a cette capacité surprenante de refléter ce que l’on est réellement, comme le ferait un miroir. » conclu-t-elle.

Sur les écrans de tous les cinémas d’Erevan depuis le 27 septembre encore pour quelques semaines, ce film est projeté en arménien, sous-titré en anglais. Ainsi, il est ouvert à tout public, autant aux anglophones qu’aux francophones ou russophones, maîtrisant l’anglais. Une belle occasion à ne pas manquer.

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