« Quand tout se noue et se dénoue »

Arts et culture
10.01.2019

La maison d’édition L’Harmattan a publié la traduction française du roman autobiographique « Quand tout se noue et se dénoue » d’Yvette-Nvart Vartanian. Philologue et maître de conférences, passionnée de traduction et de littérature, elle a beaucoup traduit en arménien des écrivains français, ainsi que des écrivains arméniens en français. En 2007, elle reçoit le prix littéraire Kantegh, décerné par l’Union des écrivains arméniens. Yvette-Nvart Vartanian vit actuellement à Erevan et travaille à l’Institut pédagogique Abovian. « Quand tout se noue et se dénoue » est un témoignage à la fois triste et joyeux, tendre et rude, d’une femme qui porte en elle deux cultures et deux pays : la France et l’Arménie.

Par Anna Baghdassarian

Les seuils irréversibles de la vie

« Quand tout se noue et se dénoue » est l’histoire de la lutte menée par Yvette Vartanian au cours du demi-siècle précédent. La jeune fille qui avait quitté sa « douce ville natale » Marseille avec ses parents pour le pays de ses ancêtres est tombée dans les griffes du totalitarisme stalinien. Avec cela, une vie familiale lourde de conséquences et de sacrifices l'attendait. Mais cette petite fille a trouvé son droit chemin et l'a suivi avec hardiesse, en accomplissant la tâche dont elle avait toujours rêvé.

Le livre n’est pas composé des chapitres, mais des « paliers ». « J'avais toujours divisé le cours de ma vie en quelques degrés, et les avais mis sur six "paliers" de périodes de vies assez différentes », - nous raconte l’auteure. Et le lecteur franchit lentement ces irréversibles seuils. « - Tenir. — Maintenir ! semble nous dire Yvette Vartanian. — Ne rien lâcher ! Faut vivre ! Gardons notre capacité à nous émerveiller, à nous étonner chaque jour. Car, Yvette Vartanian a su garder son regard d’enfant, celle de la petite fille née à Marseille, quand le ciel bleu se mêle au sel de l’air marin, qu’une légère brise se lève »,- souligne Serge Ventourini qui dirige la collection « Lettres arméniennes » aux Éditions L'Harmattan.

Le succès du roman

Le lectorat arménien a bien apprécié ce roman autobiographique. « Ce n'était pas mon intention de l'émouvoir, mais cela est arrivé à mon insu. Une grande quantité de mes lecteurs avertissait, qu'en lisant cette œuvre, plusieurs fois ils avaient eu des larmes aux yeux. C'était l'appréciation la plus touchante pour moi », - dit Yvette. Le livre a également eu un grand succès auprès de la Diaspora arménienne, et l’auteure a reçu la proposition de le traduire. Et voilà que neuf ans après la publication des « Nœuds ouverts », sa version française a paru mais déjà sous le titre « Quand tout se noue et se dénoue ».

La traduction littéraire est une création d'art

Le nom Yvette Vartanian est bien connu parmi les grands lecteurs et les amateurs de la littérature étrangère. Elle est la traductrice d’une large palette d’auteurs francophones.   Le « Phèdre » de Racine, « Le Voyage au bout de la Nuit » de Céline, « A la recherche du temps perdu » de Proust », « Charlotte » de Foenkinos, les poèmes de Char, d’Éluard et de Supervielle, « l’Art » de Rodin, « Tous les matins du monde » de Quignard, « De l’amour » de Stendhal etc. Ce ne sont que quelques-unes des œuvres que le lecteur arménien a découvert grâce à Yvette Vartanian. Mais la traductrice avoue que ce n'est pas facile de passer d'un auteur à l'autre, d'un siècle à l'autre et parler différemment. Surtout pour le début. « Il n'y a que le premier pas qui coûte. Si je n'entre pas dans la peau de mon écrivain choisi, je n'aurai aucun résultat. Le début est difficile mais après avoir trouvé la clé de l'âme de l'auteur, on devient LUI. Quand j'adopte le style des écrivains, je suis heureuse, très heureuse. Je voyage dans des siècles avec eux, je deviens pour quelques temps la personne qui me fait penser comme elle, donc, je me mets à sa place, devant ma table et je ne pense à ces moments que comme mon écrivain, mon poète. Je suis comme eux. En plus, la traduction littéraire est une création d'art ». 

Le traducteur est-il un écrivain de l’ombre ?

C’est vrai qu’on parle peu des traducteurs et de leur travail. Ils ne sont pas visibles, tandis que par leur savoir ils font rayonner une langue, une culture, une civilisation. Yvette Vartanian trouve qu’un bon traducteur doit accepter qu'il n'a pas le droit de rester en second, en italiques, entre parenthèses. « Le traducteur partage le travail déjà fait de l'écrivain, le traducteur littéraire aussi, chaque fois fait une nouvelle création d'art dans une autre langue. Il n'est pas un écrivain de l’ombre, car il met dans la nouvelle langue beaucoup de choses de sa part dites différemment et bien sûr bien dites, alors dans ce cas la création d'art est toujours présente. Le traducteur littéraire ne peut pas rester entre parenthèses s'il est un bon traducteur. Il est aussi homme de lettres ».

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