Pour une économie sociale et solidaire

EDITO DU MOIS
14.11.2019

Que nous le voulions ou non, l’économie est au cœur de nos vies :  elle orchestre nos actes quotidiens -  manger, se vêtir, se loger, se former, se soigner, se déplacer, travailler, vivre en société. Mais elle s‘organise selon des modèles bien variés.

Par Dario et Monique Bondolfi, Fondation KASA

Dans l’Arménie soviétique il incombait à l’Etat de prendre en charge la plupart des besoins de ses citoyens : approvisionnement des magasins, habitat, études, jobs assurés, loisirs orchestrés, soins gratuits ou presque.   A une condition cependant : la parfaite adhésion de chacun à l’organisation et à la doctrine du parti. Le collectif réglait l’individuel, le bien-être quotidien dépendait de la soumission aux diktats du parti et le monde s’arrêtait peu ou prou aux frontières du monde communiste.

La jeune République d’Arménie née en 1991,  livrée à elle-même,  a  certes ouvert de nouvelles possibilités, mais combien de personnes sont restées sur le carreau ? En quelques années de nombreux biens arméniens ont été bradés pour satisfaire la cupidité de quelques individus, laissant le peuple exsangue. Et ce dans un pays qui après avoir payé un lourd tribut aux catastrophes naturelles, a dû affronter guerres, blocus et crises à répétition.  Pour vivre, financer les études de leurs enfants, soigner les anciens, de nombreuses familles ont vendu leurs logis, leurs biens, se sont lourdement endettées avant de se résoudre à s’exiler, dans des conditions fréquemment dramatiques, en quête d’un hypothétique poste de travail. Le libéralisme sauvage a provoqué une précarisation  croissante.

Est-il donc impossible de concilier réussite individuelle et souci de l’autre ? Quelles structures mettre en place pour  favoriser simultanément l’épanouissement de la personne et le respect du bien commun ?  Telle est le défi de l’économie sociale et solidaire, qui vise à  relier deux paramètres de prime abord opposés.

D’une part elle reconnaît l’importance pour chacun, homme ou femme, jeune ou vieux, de se développer personnellement. De prendre en compte ses besoins légitimes physiques, affectifs, intellectuels et de se réaliser dans un emploi honnêtement rétribué, de pouvoir vivre des relations de vis-à-vis égalitaires avec son conjoint et ses proches, - de visage à  visage dirait le philosophe Levinas -.  

Et d’autre part, elle s’emploie à construire une société civile et responsable qui se soucie de l’intérêt général, en accueillant positivement les différences.   En d’autres termes, elle estime que la croissance de chacun va de pair avec l’essor de l’ensemble, que tout geste ou acte a un impact communautaire.  Au final oeuvrer ensemble ne conduit pas à  se plier aux normes d’un système collectiviste, mais à mettre ses richesses propres au service d’un dialogue démocratique pour plus de justice, dont chacun sort gagnant.

Le JE du développement personnel se déploie dans la relation avec le TU.  Et  il ne peut trouver sa place dans le IL du monde qu’en devenant moteur au sein d’un NOUS dynamique, où se conjuguent liberté, égalité et fraternité, pour déboucher sur un consensus constructif. Reste que cela impose de passer d’un comportement de consommateur passif et ronchon à une posture de consom’acteur, actif  et positif.

L’Arménie actuelle vit une étape passionnante.  Celle-ci sera d’autant plus féconde que les charismes de chacun s’y allieront pour construire progressivement un projet fédérateur, respectueux de notre environnement à la fois naturel et humain.  Ce qui implique de donner du temps au temps, car l’à-venir est en permanence à faire.   Notre affaire à tous !