« Arménie(s), le Temps des Artistes »

Diasporas
12.03.2019

Le 17 mars 2019, à Erevan, dans le cadre du 3e festival du film francophone, le public pourra découvrir, en avant-première mondiale, le documentaire «Arménie(s), le Temps des Artistes » d’Anahit Dasseux Ter Mesropian, réalisé par David Vital Durand et produit par Serge Avedikian. Le film traite du monde artistique arménien en France qui s’exprime, réfléchit à son identité, son histoire, mais toujours avec ce souci d’être, dans le même temps, profondément ancré dans la culture française. 

Par Anna Baghdassarian

Il existe aujourd’hui un véritable monde artistique arménien en France – un monde qui s’exprime, réfléchit à son identité et à son histoire, mais toujours avec ce souci d’être dans le même temps profondément ancré dans la culture française. Un fait récent cependant est l’apparition de cette quatrième génération issue de l’émigration qui sans complexe, avec exaltation et talent, s’empare de sa culture d’origine, la revendique de manière passionnée et prolonge ainsi les ponts avec le pays de ses aïeux, retournant en Arménie pour approfondir ce lien par l’art. Ainsi, cette Arménie qui pourrait n’être qu’un lointain pays d’origine, redevient le leur de manière viscérale. 
 
Afin de témoigner de cette richesse culturelle et de raconter ce lien et sa transmission, un film documentaire a été tourné, ou les grands artistes comme Charles Aznavour, Robert Guédiguian, Simon Abkarian, Atom Egoyan, Arsiné Khandjian, Dan et Macha Gharibian, Claude Tchamitchian et Serge Avédikian apportent un témoignage inédit, plein d’émotions. Et leurs enfants, devenus artistes aussi, nous parlent de leur héritage, de leur vécu familial et de la transmission qu’ils ont reçue.
 
L’idée de départ

Un jour, Anahit Dasseux Ter Mesropian empreinte la route vers sa culture d’origine : elle commence à aller voir des films, des pièces de théâtre, écouter des musiciens, s’imprégner d’expression artistique intégrant la culture arménienne. C’est là où elle rencontre ces artistes qui acceptent de lui raconter leurs histoires, notamment celles qui les avaient amenés à la création artistique. « Comment ces artistes intègrent leur histoire et leur culture dans leurs œuvres et comment ils les transmettent à leurs enfants ? Tous les artistes qui se présentent dans ce film ont des enfants qui sont devenus artistes à leur tour… La question de la transmission d’une culture et la manière dont elle est traduite dans l’œuvre artistique. C’était la question qui m’intéressait et que je me posais depuis longtemps », - nous raconte Anahit Dasseux Ter Mesropian. 

Qu’est-ce qu’il y a d’arménien en moi ?

Le film présente donc les portraits de ces hommes et femmes artistes, leurs créations et leur rapport à leur culture, son expression, et surtout, à cette idée de transmission dont ces derniers sont demandeurs, en s’inscrivant eux aussi dans l’expression artistique. « Ce que Anahit fait explorer dans le film, c’est que, même si c’est parfois par petites touches, même si c’est symbolique, si ça se passe par des chemins de travers, c’est comment la culture ancestrale, la culture familiale se transmet de génération en génération, notamment dans la diaspora, mais pas seulement », -  explique Serge Avedikian. Il fait remarquer que dans le titre du film, il y a un « s » du pluriel à la fin du mot « Arménie ». « C’est parce que ce n’est pas juste l’Arménie en Arménie, mais cette Arménie - en nous. Dans le film, les artistes commencent par narrer, par raconter à partir de cette donnée-là : qu’est-ce qu’il y a d’arménien en moi ? ».

Pour l’auteure du film Anahit Dasseux Ter Mesropian, il était très important de toucher tout le monde, et pas seulement la diaspora arménienne ou les Arméniens d’Arménie.  « C’est pour ça que j’ai voulu absolument, en écrivant le film, le confier à un réalisateur français - en l’occurrence David Vital-Durand que je connais de longue date - qui apporterait un regard extérieur sur sa perception de cette culture, de l’Arménie. Qu’on ne soit pas nous entre Arméniens en train de filmer et de parler de tout… »
 
Un documentaire de création

Anahit Dasseux Ter Mesropian souligne que le documentaire en question ne représente pas une série d’interviews. Ce que le public va percevoir et apprécier tout de suite, ce sont les émotions sincères. « Ce sont des entretiens, des rencontres, des moments d’échanges qui sont inscrits dans le temps. Avec chacun d’eux, il y a une relation de confiance », - raconte l’auteure.  

« Ce qui est différent par rapport à ce qui a été présenté jusqu’à maintenant, c’est que ce ne sont pas des discours intellectuels. C’est aussi ce rapport intime, cette confiance qu’Anahit a installés avec les artistes qui permettent une sorte d’intimité, chose rare dans un documentaire. C’est un documentaire de création. Ce n’est pas une didactique, mais une approche artistique réalisée sur des artistes. C’est l’art qui fait la différence », - ajoute le producteur du film Serge Avedikian.

Anahit Dasseux Ter Mesropian avoue que ce film est sa première expérience de montage. « Au départ, j’étais trop triste de réduire tout ça en 52 minutes, parce que je pourrais faire un film sur chacun de ces artistes. C’était tellement riche ce qu’ils disaient ! Peut-être, j’en ferai une série un jour, - rigole Anahit. - En même temps, c’était très intéressant. On a choisi des extraits, toutes les phrases qui faisaient un lien, un tissage autour du propos du film».

Il faut souligner que la musique est très présente. « Dans le documentaire, il n’y a pas que de la parole. Il y a des extraits de films, de théâtre etc. qui viennent illustrer les propos des artistes et rendre le film beaucoup plus accrocheur, dynamique et donc vivant. On rentre dans des univers très différents. Ils sont tous des personnalités extrêmement riches, extrêmement fortes et en même temps, extrêmement différentes », - raconte Anahit.

Avec une telle base de départ, il n'est pas étonnant que le film « Arménie(s), le Temps des Artistes » soit très attendu. Dès maintenant, il enregistre des demandes en France, en Suisse, en Belgique, au Canada. La raison en est simple: c'est un film qui touche tout le monde.
 
N.B. La première mondiale du film aura lieu le 17 mars 2019, à 19h00, dans le cadre du 3e Festival du film francophone à Erevan, au cinéma Moscou. Une projection est également prévue au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie (qui a majoritairement financé le film), à Paris, le 22 Mars 2019, en coopération avec l’Ambassade d’Arménie en France.