Frontières et histoire de l'Arménie

Actualité
10.04.2024

Après les débats d'hier à l'Assemblée nationale sur le processus de délimitation des frontières, le Premier ministre Nikol Pashinyan s'est lui aussi exprimé devant le parlement ce 10 avril à ce sujet, opposant l'idée de l'Arménie historique au pragmatisme de « l'Arménie réelle ».

Par Olivier Merlet

 

Le ministre des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, et le président de la Commission de délimitation des frontières, Mher Grigoryan, le vice Premier-ministre, ont répondu hier à la "convocation urgente" des députés de l'opposition pour s'expliquer sur le processus en cours. La séance au Parlement aura duré une heure et demie, à huis-clos, tenue donc "hors-micros" et caméras, mais à laquelle neuf élus de l'opposition et un du parti au pouvoir n'ont de même pu participer, au motif de leur statut ne les autorisant pas au degré de confidentialité exigé par le règlement de l'Assemblée pour ce type de réunion.

Si Ararat Mirzoyan a soigneusement évité toute déclaration à l'issue des débats, Mher Grigoryan, le vice Premier-ministre en charge des négociations avec l'Azerbaïdjan a bien voulu répondre à quelques questions des journalistes autorisés. Il a tout d'abord tenu à insister sur le fait que la partie arménienne ne cédait en aucune façon aux revendications adverses. « Je pense que c'est une fausse impression », a-t-il déclaré, avant d'aborder le sujet des quatre villages du Tavush dont la possible rétrocession évoquée le mois dernier par le Premier ministre, marquerait la première étape du processus de délimitation des frontières. « Ces questions sont encore en discussion, il n'y a pas encore de décision », a-t-il assure, indiquant qu'elle ne pourrait être prise que « lorsqu'il y aura consensus sur le reste des questions fondamentales […] Ces questions sont sécuritaires, socio-domestiques et juridiques ».  

Ce matin, 10 avril, le Premier ministre Nikol Pashinyan était lui aussi devant l'Assemblée nationale à laquelle il présentait les résultats intermédiaires de son gouvernement dans la mise en œuvre du plan quinquennal 2021-2026. Il est également revenu sur les travaux de démarcation des frontières pour en justifier la finalité cette fois, opposant la vision d'une « Arménie réelle » à celle d'une « Arménie historique », « non seulement incompatibles, mais aussi souvent en contradiction l'une avec l'autre, créant même de sérieuses menaces l'une pour l'autre […] Nous devons nous concentrer sur les intérêts de la véritable Arménie, sinon nous n'aurons aucune chance de relever les défis de sécurité extérieurs. […] L'Arménie historique est une garantie durable de notre inimitié envers un groupe de pays et c'est une garantie que ces pays auront une raison et une explication pour poursuivre une politique agressive envers l'Arménie. La vision de l’Arménie historique mènera toujours au piège du génocide ».

Estimant que la reconnaissance internationale des frontières de l'Arménie et son intégrité territoriale constitue « le facteur clé pour assurer sa sécurité », le Premier ministre a aussi rappelé la question du Kharabagh au sujet duquel « les négociations depuis 2016 ne visaient pas à la résoudre mais à minimiser le lien porté par la République d'Arménie, afin que ses tentatives, déjà contraintes, d'agir en tant qu'État indépendant et souverain, soient tout simplement annihilées ».