La Suisse, puissance médiatrice dans la Francophonie

Village francophone

Par Tigrane Yegavian

Au Village de la Francophonie, sorte d’amphithéâtre de toile blanche, parallèle à l’Opéra d’Erevan, le pavillon de la Suisse arbore le drapeau du dynamisme. Rencontre avec Quentin Haas, 27 ans, doctorant en sciences biomédicales, élu depuis 2015 plus jeune député jurassien, membre de l’Assemblée parlementaire de la francophonie.

 

Quentin Haas représente le dernier né des cantons de la Confédération Helvétique, le canton francophone du Jura dont il est originaire. Il n’avait que 24 ans lorsqu’il a été élu, en 2015, député au Grand Conseil Jurassien (le parlement du canton du Jura en Suisse romande ), sous les couleurs du Parti chrétien-social indépendant (PCSI).

Le XVIIème Sommet de la Francophonie est pour lui l’occasion de se trouver à Erevan pour la première fois. Il a pour mission d’encadrer les jeunes qui vont présenter aux chefs d’Etat de l’OIF leurs résolutions, adoptées à Genève en septembre.

« Les jeunes n’ont que quatre minutes pour exprimer leur pensée, ce qui pose un sérieux problème de synthèse et d’optimisation du temps imparti ; il faut que le message soit à la fois clair et concret »

Leurs messages-clés concernent les axes fondamentaux de la Francophonie, la question de la femme, celle des droits de l’homme, de l’écologie, l’accès à l’emploi, et l’entrepreneuriat. Il s’agit donc de se concerter, de débattre, d’adopter une approche consensuelle pour relayer un message fort ; mais il s’agit aussi d’une inquiétude partagée.

« Les jeunes n’ont que quatre minutes pour exprimer leur pensée, ce qui pose un sérieux problème de synthèse et d’optimisation du temps imparti ; il faut que le message soit à la fois clair et concret » dit-il.

« Gare à ne pas sonner creux ! »prévient-il !

Politicien bien rôdé, Quentin Haas s’est fait un plaisir de chapeauter ces jeunes pousses francophones, il agit à ses yeux d’exprimer du concret. « Il faut faire en sorte qu’ils demandent quelque chose de réalisable, de concret et de palpable. »

Et la place de la Suisse à l’assemblée parlementaire de la francophonie ? « Le rôle de notre pays est important, déjà nous avons une certaine expérience en matière de relations internationales ; c'est un pays assez incontournable en soi. La résolution des conflits, le savoir écouter, la médiation, sont nos points forts, et cela se ressent, Nous sommes assez souvent abordés en tant que Suisses sur des questions techniques et des questions qui fâchent. Ça me surprend chaque fois ! »

« Ce que l’on fait, c’est un outil de pression et un outil de travail. Un cadre de référence, un ancrage et des contacts ».

Un exemple de l’activisme helvétique : la lutte pour la limitation stricte des mandats, adoptée à Berne. « Nous avons fait passer une résolution pour que tous les pays de l’OIF appliquent cette limitation des mandats autant au niveau des gouvernements que des parlements. On avait dû modérer pour que cette résolution soit adoptée à force de compromis et de discussions, surtout quand on sait qu’une majorité de pays francophones sont africains ! »

A-t-il une attente particulière pour le sommet ? Difficile de répondre. « Toute puissante que soit l’OIF, elle n’a aucun droit supranational, chaque État reste maître chez lui et reste libre d’appliquer les résolutions».

Mais il y a un avantage incontestable : « le Sommet nous permet de faire transiter des idées de manière verticale ce qui est d’une efficacité assez folle, surtout avec les jeunes ».

« Ce que l’on fait, c’est un outil de pression et un outil de travail. Un cadre de référence, un ancrage et des contacts ».

Quentin Haas se souvient de cette délégation de jeunes africains à qui on avait fait visiter le parlement des jeunes jurassiens. Ils s’étaient engagés à construire un parlement jeune dans leur pays, en l’occurrence Madagascar. « Ce que l’on fait, c’est un outil de pression et un outil de travail. Un cadre de référence, un ancrage et des contacts ».

Et que dire de la place de l’Arménie dans la carte de la francophonie ? « La francophonie ce n’est pas seulement une histoire de langue, il y a aussi de la politique prenez l’exemple des pays du Commonwealth qui ne sont pas tous anglophones. Quelle que soit la manière de l’aborder, c’est bénéfique. Cela est bon à la fois pour l’Arménie et pour la francophonie d’être partenaire ici, dans cette région où la francophonie n’est historiquement pas implantée ».

Aux yeux de Quentin Haas, l’Arménie est une porte sur l’Asie centrale, une région à fort potentiel de développement.

 « Je vois la dynamique de la jeunesse arménienne, elle est tournée vers la digitalisation. Je suis impressionné par les réalisations des jeunes Arméniens dans la high-tech, le décalage abyssal avec leurs aînés » renchérit-t-il.

Reste à tisser des réseaux. Mais la tâche est énorme. Avec l’entrepreneuriat jeune, les micro-crédits. « Dans le cadre de la résolution du parlement des jeunes, il a été question de l’accès au crédit pour créer des entreprises. Le jour où ces jeunes vont exporter, ils se tourneront en priorité vers les pays de la francophonie » s’enthousiaste le jeune député suisse.

Il conclut en se félicitant du potentiel gigantesque des relations entre l’Arménie et la Suisse. Encore très largement inexploitées, les possibilités d’exporter le savoir-faire helvétique, notamment en matière d’agro-alimentaire et de tourisme, constituent des axes de développement certains pour les années à venir, surtout si se confirme la démocratisation en marche en Arménie.

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