Un restaurant solidaire pour les réfugiés d’Artsakh

Arménie francophone
05.12.2023

Créée en 2020 après la guerre de 44 jours, l’association “Lumière française” a ouvert, jeudi 30 novembre à Gyumri, un restaurant humanitaire à destination des réfugiés d’Artsakh. Bien plus qu’une cantine, c’est un lieu d’écoute et de convivialité que promet l’organisation franco-arménienne à but médical et social.

Par Eléna Coz

 

50 à 60 réfugiés d’Artsakh sont attendus chaque soir depuis fin novembre à Gyumri, dans les locaux du siège du diocèse de l’Église apostolique arménienne de Shirak. Des plats chauds, préparés sur place, sont offerts jusqu’en avril 2024 aux plus nécessiteux. Concomitamment aux repas, des psychologues et des travailleurs sociaux proposent un soutien adapté aux besoins de ces familles déracinées résolues au deuil de leur vie en Artsakh. « On ne peut pas distinguer le médial du social. À travers ce restaurant, nous voulons créer un lieu de partage pour que tous ces gens s’informer et s’entraider.  Nous souhaitons vraiment que des liens puissent se développer entre les Artsakhiotes et les habitants de la région », a déclaré le président de “Lumière Française”, Levon Khatchatryan. « Nous voulons redonner de la dignité à ces familles qui ont tout quitté du jour au lendemain. Il est important qu’elles disposent d'un lieu chaleureux où elles peuvent être écoutées sans jugement », a ajouté Corinne Mare-Duguer, vice-présidente de Lumière française et maire adjointe déléguée à l'action sociale du Plessis-Robinson, ville jumelée au district d’Arabkir d’Erevan.

Une solidarité franco-arménienne

Le choix de Gyumri pour ouvrir le premier restaurant solidaire n’est pas un hasard. Le président de l’association, Levon Khatchatryan, est lui-même originaire de Gyumri. Il vit désormais à Paris où il exerce en tant que chirurgien cardiaque à l'hôpital Georges Pompidou. Par ailleurs, nombreux sont les Artsakhiotes réfugiés dans le Shirak. 85 familles y ont déjà posé bagages depuis septembre dernier.

Pour ce nouveau projet, l’association a pu compter sur le réseau de solidarité local déjà existant. Après le tremblement de terre de 1988, Gyumri s’etait organisée pour venir en aide de milliers de familles sans abris. Cette culture de la solidarité et de l’accueil persiste encore : « Nous voulons que vous vous sentiez dans votre ville » a déclaré le maire de Gyumri, Vardges Samsonyan, lors de l’inauguration du restaurant solidaire. L'archevêque du diocèse de Shirak, Michael Adjapahyan, également présent, a écouté les réfugiés lui confier leurs histoires et leurs difficultés pour se reconstruire, trouver du travail et s’intégrer.

Derrière ce restaurant solidaire, une équipe d’une soixantaine de bénévoles œuvre  à la logistique en France tandis qu’en Arménie, une vingtaine d'autres accompagnent les réfugiés. En parallèle, un centre de soutien psychologique ouvrira prochainement pour proposer des consultations individualisées gratuites afin de traiter les traumatismes du déracinements des populations d’Artsakh et leur proposer un accompagnement administratif. Ces services sont rendus possibles grâce à des financements de la ville de Plessis-Robinson, en région parisienne, des dons privés et des cotisations des membres de "Lumier francaise", en France, mais aussi aux États-Unis où l’association est connue sous le nom de "French-light".

Former du personnel médical et guérir

Par-delà l'ouverture de ces "restos du cœur" pour l'Artsakh, l’association ne délaisse pas pour autant ses activités médicales. Depuis 2020, l’année de création de “Lumière Française”, Levon Khatchatryan a effectué une quarantaine de voyages en Arménie pour dispenser des soins et acheminer du matériel médical dans différentes régions d’Arménie et en Artsakh. Des équipements importants ont déjà été envoyé  tels que des dermatomes, des échographes et des appareils de transfusion…  L’association poursuit également ses formations pour les soignants arméniens et ses activités de soins, en particulier chirurgicaux et post-chirurgicaux dans les provinces. « L’offre médicale est concentrée sur Erevan. C’est pourquoi nous voulons aussi intervenir dans les régions d’Arménie. Dans celle du Tavush, nous comptons créer le premier service de réanimation mais aussi renforcer l’offre médicale dans les villages frontaliers », explique Levon Khatchatryan. “Lumière Française” collecte aussi de vêtements pour enfants, de la nourriture, des médicaments et des fournitures scolaires pour les réfugiés qui demeurent dans une situation précaire.

Malgré l’ampleur des missions, le courage des bénévoles est intact. « Je sens que la douleur reste mais, ce qui me motive, c’est de voir à quel point ils sont contents.  Si les financements nous le permettent, nous sommes ouverts à poursuivre le restaurant solidaire au-delà du mois d’avril. Et j’aimerais avoir la possibilité d’en ouvrir un autre dans le Tavush », ajoute avec espoir Levon Khatchatryan.