Pashinyan : « Il n’est pas certain que le militaire azerbaïdjanais ait eu l’intention de passer en Arménie »

Le Premier ministre Nikol Pashinyan a déclaré que, selon les premières informations disponibles, un épais brouillard régnait au moment où le militaire azerbaïdjanais a franchi la frontière, et qu’il n’était pas établi que celui-ci ait eu l’intention de pénétrer en Arménie. Il s’exprimait dans l’émission « Ctrl Z » de la chaîne Infocom.

 

Selon le Premier ministre, une enquête est en cours afin de déterminer dans quelles circonstances le militaire azerbaïdjanais, présenté comme un déserteur, a franchi la frontière.

« D’après les premières informations, il y avait un épais brouillard, et il n’est pas certain que ce militaire azerbaïdjanais ait eu l’intention de passer en Arménie. Il est possible qu’il se soit égaré et qu’il se soit retrouvé sur le territoire arménien », a déclaré Pashinyan.

Il a également souligné que le relief particulièrement accidenté de la zone compliquait les recherches. Des opérations menées pendant plusieurs jours des deux côtés de la frontière, notamment à l’aide de drones, n’ont pas permis de retrouver immédiatement le militaire.

« Nous avons des défenses frontalières ; l’Azerbaïdjan en a également. Des passages ont eu lieu tant du côté azerbaïdjanais que du nôtre. Il faut tenir compte du fait que le terrain est très accidenté. [...] Une enquête doit être menée pour comprendre en détail comment il a pu passer de l’autre côté », a-t-il indiqué, selon 1lurer.am.

 

Pas d’échange avec les détenus arméniens

Interrogé sur l’éventualité d’un échange du militaire azerbaïdjanais contre des Arméniens détenus à Bakou, Pashinyan a estimé que les deux situations devaient être traitées séparément.

Il a rappelé qu’un accord prévoyait de distinguer les cas de franchissement de frontière par des militaires des autres affaires.

« Imaginons que nous disions : rendez-nous l’un des prisonniers afin que nous vous remettions ce soldat. Demain, un soldat de notre côté pourrait passer de l’autre côté : qui allons-nous alors remettre ? », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a également rappelé que des militaires avaient déjà franchi la frontière sans commettre d’infraction et avaient ensuite été remis à leur pays.

« Si nous renvoyons un militaire qui a franchi la frontière par erreur, à condition qu’on nous rende un prisonnier, alors un de nos militaires pourrait lui aussi passer de l’autre côté. Qui donnerions-nous alors en échange pour récupérer notre soldat ? », a-t-il poursuivi.

 

Pourquoi les habitants n’ont-ils pas été alertés ?

Interrogé sur l’absence d’information publique à destination des habitants de Shaki, afin qu’ils puissent prendre leurs précautions, Nikol Pashinyan a expliqué qu’aucun élément ne permettait alors d’établir avec certitude que le militaire se trouvait en Arménie.

Selon lui, les autorités azerbaïdjanaises avaient informé leurs homologues arméniens de la situation et les services compétents des deux pays étaient en contact quotidien pendant les recherches.

« Communiquer une telle information sans aucun fait confirmant que le militaire se trouve sur le territoire arménien reviendrait à diffuser de fausses informations », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que certains militaires pouvaient quitter leur poste sans autorisation et qu’il n’était donc pas possible d’exclure qu’il se trouve encore en Azerbaïdjan.

« Imaginez qu’un communiqué de presse annonce qu’un militaire a franchi la frontière, puis qu’on ne parvient pas à le retrouver pendant un mois, alors que ce militaire se trouve en réalité quelque part en Azerbaïdjan. Il faudrait alors entretenir un climat de panique pendant des mois », a-t-il ajouté.

Pashinyan a, par ailleurs, indiqué que de nombreux systèmes de vidéosurveillance étaient installés le long de la frontière arménienne, tout en précisant que leur efficacité pouvait être limitée par des conditions météorologiques telles qu’un brouillard épais.

 

Une procédure pénale en Arménie

Le Premier ministre a précisé que le militaire était considéré comme un déserteur et qu’une procédure pénale avait également été engagée contre lui en Azerbaïdjan.

« Toutefois, les procédures dans le cadre de notre affaire pénale se dérouleront en République d’Arménie. Il restera au moins quelque temps en Arménie et y purgera sa peine », a-t-il déclaré.

Nikol Pashinyan a enfin rejeté les hypothèses selon lesquelles le franchissement de la frontière aurait impliqué plusieurs personnes ou constitué une opération de sabotage.

« Les hypothèses selon lesquelles il s’agirait d’un acte de sabotage, que trois personnes auraient franchi la frontière ou qu’elles étaient au nombre de dix, sont totalement absurdes », a-t-il affirmé.

 

Pour rappel 

Le 29 septembre dernier, les services de sécurité d’État de l’Azerbaïdjan ont informé le Service de sécurité nationale (SSN) de l’Arménie qu’un militaire appartenant à l’une des unités de l’armée azerbaïdjanaise avait quitté son poste et qu’il n’était pas exclu qu’il ait franchi illégalement la frontière arménienne.

Le 1er octobre, dans la localité de Shaki, dans la région de Syunik, un citoyen arménien a été blessé par balle à la jambe. Selon un communiqué du Service de sécurité nationale arménien, l’enquête a établi que l’auteur des tirs était le militaire azerbaïdjanais recherché. Celui-ci a par la suite été arrêté par les autorités arméniennes.

 

Articles associés