Savoir partir

L'édito du mois
15.04.2021

Après l’interview du 23 février dernier donnée par le premier-ministre Nikol Pachinian à la chaîne privée 1in.am où il a mis en cause le rôle des armes russes dans la dernière guerre, plus précisément des complexes ultra-puissants Iskander, qui ne seraient, selon lui, « efficaces qu’à 10% », les événements s’accélèrent. La société arménienne est plus que jamais en ébullition : cela semble être la goutte qui a fait déborder le vase déjà plus que plein après la capitulation dans la guerre de 44 jours, une capitulation dont les véritables raisons et circonstances demeurent toujours opaques. Il faut bien dire qu'une telle annonce met en danger la coopération militaire arméno-russe, et par conséquant, la sécurité de l'Arménie. 

Le lendemain même de cette annonce, le chef d’Etat-major général adjoint Tiran Khatchatrian, qui a publiquement démenti cette affirmation, est limogé sur-le-champ. Et voilà que quelques heures plus tard, c’est l’armée arménienne toute entière qui demande à Nikol Pachinian de démissionner… Le premier ministre ne tarde pas de riposter en qualifiant cet appel de « tentative de coup d’Etat » et en révoquant également le Chef d’Etat-major général Onik Gasparian. Dans la foulée, il lance un appel à ses partisans à se réunir sur la Place de la République pour le soutenir. Un parfum de déjà vu…

Les événements prennent une tournure extrêmement dangereuse, car la tentative de mettre dos-à-dos les partisans et les opposants du régime est bien claire, et ce sur un fond d’opposition de l’armée. La personne qui était arrivée au aux manettes de l'Etat en jouant sur les sentiments et les ras-le-bol du peuple arménien par rapport à un pouvoir corrompu et se croyant tout permis se retrouve elle-même dans un rôle peu enviable de dictateur qui n’hésite pas à s'entourer des centaines de policiers afin de protéger son pouvoir.

La logique qui devait pousser un dirigeant ayant perdu la guerre, de surcroit de cette horrible façon, à la démission, n’avait pas fonctionné, et le parti « Mon pas » avec le premier-ministre  Pachinian est resté à la tête du pays après le 10 novembre 2020, tout en continuant de rendre à l’Azerbaïdjan des morceaux de territoire arménien - village après village, route après route - et ceci au nom des « arrangements verbaux », selon les propres paroles de Pachinian.  
 
Force est de constater : le jeu mené par le pouvoir en place est dangereux et malhonnête, si le terme même d’honnêteté est applicable à la politique. Les accusations avancées contre le premier ministre sont graves, et les preuves déjà recueillies nombreuses. Il est temps de rendre le tablier et de se soumettre à la volonté du peuple arménien – ce peuple qui a tant souffert et qui a été si souvent trompé… 

Nikol Pachinian était arrivé au pouvoir selon le principe « pourvu que ce ne soient pas les anciens ». Il semble s’approcher du départ sur le mode « pourvu qu’il s’en aille »…