Tour d’horizon de la qualité dans l’enseignement supérieur en Europe centrale et orientale à l’UFAR

Le premier forum francophone sur la qualité dans l’enseignement supérieur en Europe centrale et orientale s’est tenu à l’UFAR les 24 et 25 février. Organisé en collaboration avec le ministère de l’Éducation, des sciences, de la culture et des sports, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et l’UNESCO, il réunissait en ligne et en présentiel une quarantaine de professionnels de l’enseignement originaires de plusieurs pays de la francophonie. Sur la thématique “Tendances et défis de l’assurance qualité pour un enseignement supérieur flexible et de qualité post-Covid 19”, les enseignants et directeurs d'établissement ont pu échanger sur leur expérience des bouleversements inédits des méthodes d’enseignement traditionnelles.

Par Marguerite Drieux

Bref historique du système d’assurance qualité

Réunis à Bologne en 1999, les ministres en charge de l'enseignement supérieur de vingt-neuf pays du continent européen, signent une convention de convergence de leurs systèmes d'enseignement supérieur. Le "Processus de Bologne" et la création d'un Espace européen de l’enseignement supérieur (EEES) se donnent pour vocation d'évaluer les programmes universitaires, la gouvernance des établissements et la recherche, dans la perspective d’amélioration continue de l’expérience des étudiants. Des "crédits universitaires" -les ECTS- sont ainsi attribués aux centres de formation, permettant rendre comparables leurs différents diplômes, d'en augmenter la lisibilité et de faciliter la reconnaissance académique des études à l'étranger.

Mis à rude épreuve par la crise sanitaire, ce système européen d'équivalence des diplômes et de la garantie de leur qualité qui avait longtemps fait ses preuves connait aujourd'hui certaines limites qui amènent à repenser les normes éducatives. Face à l'internationalisation des diplômes, la mobilité transnationale des étudiants, le développement du numérique ou la prise en compte des enjeux climatiques, le monde de l’enseignement doit s'adapter et effectuer des transformations durables de ses méthodes pédagogiques. Elles étaient au cœur des discussions de ce premier forum.

La révision du système d’assurance qualité au cœur du débat

Artur Martirosyan, vice-ministre arménien de l’Education, des Sciences, de la Culture et des Sports, a ouvert le forum en évoquant les « défis de l’enseignement hybride » auxquels ont fait face les enseignants, chargés de la double mission d’adapter leurs outils pédagogiques tout en conservant la qualité des enseignements délivrés.

Le rôle du numérique est, sans surprise, revenu à de nombreuses reprises lors des interventions des participants. Empruntant à Rousseau qui énumérait les principes fondamentaux pour la vie en société, Sobhi Tawil, directeur du groupe "Futurs de l’éducation et innovation" à l’UNESCO", a présenté les lignes directrices dans l’enseignement pour une expérience étudiante de qualité, réunies dans le rapport "Repenser nos futurs ensembles : Un nouveau contrat social pour l’éducation", publié en 2021. Parmi les objectifs fixés pour 2050, il évoque la nécessité de « réduire la fracture numérique » à une époque où « la connectivité devient partie intégrante du droit à l’éducation », et « d’intégrer l’éducation à la crise environnementale dans les programmes ». Au-delà de la transformation des méthodes éducatives, l’enseignement à distance a provoqué une numérisation croissante des connaissances en faveur du partage des avancées scientifiques entre universités francophones. Thomas Meszaros et Christophe Traisnel, membres du réseau international des "Chaires Senghor" qui réunit un ensemble d’universités francophones à travers le monde, étaient présents pour parler du rôle considérable des réseaux dans la coopération scientifique francophone.

Enseignement flexible et intégration du numérique

L’internationalisation des diplômes est un autre enjeu majeur abordé lors du forum. Face au constat actuel d’un « système trop fermé qui répond à des besoins de court terme », Magda Fusaro, rectrice de l’Université du Québec à Montréal, encourage l’internationalisation des accréditations pour promouvoir les mobilités transnationales. Un enjeu qui fait écho aux préoccupations nouvelles des étudiants, de plus en plus nombreux à s’orienter vers des parcours bi-diplômants. On peut retenir, parmi les spécificités évoquées de l’enseignement de l’Université québécoise, l’évaluation des cours par les étudiants en fin de semestre Une démarche innovante qui devrait inspirer les collègues francophones, dans un contexte de prise en compte croissante des besoins spécifiques des apprenants. Une préoccupation commune qui concerne aussi l’Arménie, comme en témoigne le projet gouvernemental de plateforme en ligne présenté par le Vice-Ministre, qui sera prochainement mis à disposition des citoyens pour leur permettre de s’exprimer sur la stratégie établie en termes d’éducation.

L’ensemble de ces dispositifs réunit les participants autour d’un intérêt commun : « assurer aux jeunes la meilleure employabilité, si possible dans un milieu francophone », a rappelé Mohamed Ketata, directeur régional Europe centrale et orientale de l’AUF.

Un système d’assurance qualité au défi “des francophonies”

Si les enjeux de l’enseignement supérieur en période post COVID sont partagés par l’ensemble des universités francophones, les différents retours d’expérience font part de moyens spécifiques, adoptés en fonction du contexte dans lequel ils s'inscrivent. Le recteur de l'Ufar, Bertrand Venard a notamment appelé à la vigilance face aux risques de « superficialité, d’isomorphisme et d’imposition de normes éducatives par certains pays » que pourrait entraîner la standardisation des normes d’enseignement. C’est là tout l’enjeu du système d’assurance qualité, qui vise à définir un cadre commun d’enseignement pour encourager la coopération entre les universités et l’internationalisation des parcours, en prenant garde d'éviter une homogénéisation des parcours qui risquerait de s’accompagner d’une perte d’autonomie des universités. Car comme l’a rappelé Thomas Meszaros, " il y a bien des francophonies » et c’est la pluralité des manières dont elles s’expriment dans l’enseignement qui en fait la richesse.