Lavrov à Erevan : la paix dans le Sud-Caucase, avec Moscou

Actualité
10.06.2022

Entre rencontres officielles et réunions de travail, la première journée de la visite de Sergeï Lavrov en Arménie le 8 juin a été riche en déclarations, messages et petites phrases. Aucune surprise en fait mais la réaffirmation de l'engagement de Moscou à faire avancer le processus de paix esquissé depuis quelques mois entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, de sa volonté et de son soutien à resserrer les liens d'amitié et de coopération avec Erevan, mais aussi le rappel à cette dernière que rien dans la région, ne pourrait et ne devrait être fait sans elle.

Par Olivier Merlet

« Nous avons confirmé notre volonté de promouvoir la signature d'un traité de paix entre Erevan et Bakou » déclarait le ministre russe des Affaires étrangères au sortir d'une réunion de travail avec son homologue arménien Ararat Mirzoyan, propos qu'il réitérait un peu plus tard devant le Premier ministre Nikol Pashinyan : « nous sommes prêts à faire tout ce que la Russie peut faire pour faciliter les efforts visant à parvenir à un accord mutuel […] et déterminés à mettre pleinement en œuvre tous les accords ».

Au cours de cette journée, tous les points sensibles concernant la normalisation des relations entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont été passés en revue et fait l'objet de déclarations plus ou moins approfondies. Mais au-delà des bonnes intentions et des félicitations respectives sur les « progrès en cours », il semble surtout que Moscou, à mots couverts et sous une subtile rhétorique, ait appelé Erevan à ne rien entreprendre en dehors de son giron.

À deux reprises dans la journée, Sergei Lavrov a invoqué les liens forts, historiques et dans tous les domaines qui unissent l'Arménie à la Russie, lors de sa conférence de presse conjointe avec Ararat Mirzoyan tout d'abord, puis au cours de l'entretien qu'il a eu avec le président de la république Vahagn Khatchatouryan. Énumérant soigneusement, à l'un et à l'autre, toutes les facettes de la coopération mutuelle entre les deux pays, économique, financière, militaire et stratégique, scientifique ou culturelle, Sergei Lavrov a noté que « les relations alliées sont principalement liées à la coopération interétatique, et que les liens humains [entre la Russie et l'Arménie], inextricables et séculaires, sont le meilleur fondement entre les États ». Toutefois, a-t-il précisé « nombreux sont ceux qui veulent mettre ce fondement à l'épreuve. Mais nous sommes convaincus que ces tentatives sont vouées à l'échec et que les sentiments chaleureux, sincères et véritablement amicaux entre Arméniens et Russes ne peuvent faire l'objet d'aucune provocation »

Le récent retour de l’Union européenne dans la médiation du processus de paix entre Arménie et Azerbaïdjan, ouvertement appuyée par Washington, est vu d'un très mauvais œil par Moscou. Pas moins de trois réunions entre les deux pays se sont tenues à Bruxelles et sous son egide ces derniers mois. Un nouveau rendez-vous est encore prévu pour juillet avec le président du Conseil européen, Charles Michel. Cette initiative européenne, réclamée par les parties en conflit aux dires de certains officiels cités par la presse, est ressentie par la diplomatie russe comme une ingérence dans son cercle d'influence traditionnel. Craignant de devoir gérer l'ouverture d'un nouveau front diplomatique à ses frontières après celui qui l'oppose à l'Occident en Ukraine, la Russie souhaite continuer à mener seule ses tentatives de rapprochement entre les deux anciennes républiques soviétiques.

Tandis que le Premier ministre arménien évoquait la prochaine rencontre de Bruxelles; "les dirigeants de nos pays ont réaffirmé l'importance d'utiliser le potentiel et l'expérience des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE conformément à son mandat international " rappelait hier Ararat Mirzoyan .

Les réflexions de Sergei Lavrov pourraient sonner comme une reponse feutrée en guise d'avertissement...