Ado ou l'Art-achnide

Arts et culture
11.03.2022

Dans un petit atelier-galerie nimbé d'une lumière mystérieuse, la « Cobweb art gallery », un enchevêtrement de fils et de cordes annonce un petit coin de cosmos où s’entremêlent idées et sensations d'un jeu de création dont les maîtres sont, au même titre que l’artiste, des araignées…

Par Lusine Abgarian

Andranik Avétisyan, plus connu sous le pseudonyme d'Ado, peint des toiles que lui tissent de petits assistants à huit pattes. "L’énergie du cosmos", "Les idées de l’homme", "Réseau", "Les portes du paradis", "La Symphonie n° 40 de Mozart" … sont quelques-unes de ses œuvres, de l’artiste, compositions graphiques et colorées de tableaux de toiles d’araignée.

Des visiteurs du monde entier viennent contempler les œuvres pour le moins originales de cet artiste de Gyumri. Comme le rappelle Wikipédia, ce type d’art a fugitivement existé au XVIe siècle, développé par des moines des vallées reculées des Alpes orientales. Cinq cent ans plus tard, Ado l'a ressuscité, dans une forme plus développée : aphorismes d’un compositeur graphique sur la vie et le cosmos, les couleurs et la technique secrète s’y accouplent pour rendre encore plus de mystère à ces créations.

Du business à l’art, l’histoire d’une transmission

C'est son père, Hovhannès Avétisyan, peintre connu à l’époque soviétique, qui initie le jeune Andranik : « Moi, je ne voulais pas dessiner, je voulais jouer dans la cour ! J’étais amoureux d’une fille et comme mon père m’obligeait à rentrer pour prendre les pinceaux, j’ai commencé à détester la peinture », se souvient Ado avec un sourire.

Les grandes questions existentielles, la genèse du monde ou les sources de la vie ont toujours questionné le futur créateur. Divagations intellectuelles où son inconscient vagabondait sans pouvoir les exprimer sous une forme concrète. Devenu homme d’affaires, Andranik dirige l’usine du métal noir à Gumri : « Pour moi, le business est aussi une forme d’art et un homme d’affaires est un artiste », - remarque-t-il aujourd’hui, soulignant que son premier métier qui lui a permis de se lancer d'un pas plus solide dans son aventure étoilée.

La perte de son père fut un moment déclencheur pour Ado : « Après la mort de mon père, j’ai commencé à voir toutes les rencontres, toutes les discussions et les situations en forme de couleurs et de contours. Quelque chose m’échappait. Je ne comprenais pas ce que je devais en faire et j’ai commencé à transposer mes visions sur les toiles. Ainsi sont nés mes premiers dessins à l’huile ». Ce n’était que le début du chemin de cet artiste qui devait se lancer dans un art plutôt révolutionnaire et innovant. « L’idée de créer à partir de la toile d’araignée m’est venue vraiment par hasard. J’ai vu une toile d’araignée qui brillait sous le soleil et j’ai eu cette idée ».

Il a ensuite expérimenté pendant deux années, avant de créer, en 2008 son premier tableau : « J’avais emmené des araignées dans la petite pièce de mon atelier. Je les nourrissais et les regardais vivre, créer. C'est alors que j’ai commencé à réfléchir sur la technique qui me permettrait d’en faire des œuvres d’art. L’inspiration est importante dans ma création, mais c’est la technique qui est capitale. Il n’y a rien d’impossible dans ce monde, tout est question d’ingéniosité, de créativité, de persévérance ».

Aujourd’hui, Ado produit entre trois et cinq tableaux par an, certains ont déjà été exposés en France, à Cannes. En effet, en 2017, il a remporté les prix du « Nouveau Talent » et « La pensée la plus créative » à l’Exposition internationale d’art contemporain à Cannes.