“Imastuni”: KASA et Paradigma joignent leurs efforts pour redonner du sens au rôle de l’éducation en Arménie

EDITO DU MOIS
03.06.2021

Le 18 mars dernier, les fondations KASA et Paradigma, deux structures actives dans le domaine de l’éducation en Arménie, ont annoncé le coup d’envoi d’une nouvelle initiative conjointe : une chaîne éducative en ligne destinée aux enseignants, au nom très symbolique “Imastuni” (de “imast uni” en arménien, ce qui veut dire “cela a du sens”). Il s’agit d’une tentative de redonner du sens au rôle de l’éducation dans la situation présente en engageant dans cette tâche des experts locaux et internationaux du domaine, et d’entamer ainsi un dialogue au sein de la communauté des enseignants (au sens le plus large du terme) en Arménie et en Artsakh, afin de trouver de nouvelles solutions aux défis modernes. En plus des vidéos éducatives, l’équipe de “Imastuni” prévoit des formations pour les enseignants dans les régions d’Arménie, ainsi qu'une conférence “edutech”, dans le but de développer le dialogue entre les domaines de l’éducation et des technologies.

“L’idée de l’initiative mûrissait depuis une année”, remarque Tatevik Baghdasaryan, directrice de KASA. La pandémie et la Seconde guerre d’Artsakh (Karabagh), avec tous les défis et les défauts qu’elles ont mis en lumière, ont démontré qu’il y a du sens de réfléchir, collectivement, au présent et à l’avenir de l’éducation. Et le succès de “Imastuni” ne laisse déjà aucun doute, à en juger par les quelques milliers de vues pour chaque vidéo, en l’absence de toute publicité payante !

Fortes d’un contenu dense et bien construit, les vidéos sont diffusées tous les jeudis à 19h (heure d’Erevan), sur les pages Facebook des deux fondations. Des experts y traitent de sujets liés à la méthodologie et aux valeurs éducatives, aux développements mondiaux et à des initiatives expérimentales locales dans le domaine ainsi qu’aux approches récentes grâce aux nouvelles technologies. Autrement dit, de sujets dont les enseignants d’Arménie ont besoin aujourd’hui pour mieux exercer leur activité professionnelle, censés apporter du nouveau même à des spécialistes chevronnés !

L’une des particularités du projet consiste dans la volonté de travailler indifféremment avec les milieux éducatifs non formels et formels : “Dans le cadre du projet et à KASA en général, nous envisageons le processus éducatif comme un ensemble, avec différentes manifestations qui se complètent”, relève à ce sujet Armine Hayrapetyan, coordinatrice de l’initiative à KASA.

“Les problèmes dans ce domaine ne sont pas nés en un jour, et des solutions à court terme ne pourraient pas y remédier. Nous avons besoin de réflexions soutenues, d’une volonté de transformation, et de savoirs fondamentaux pour réaliser cette dernière. Et nous partons de l’idée que le système éducatif n’est pas le seul “responsable” pour la résolution des problèmes vitaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Il est important que chacun fasse sa part, mais il n’en est pas moins important que tous les acteurs du domaine œuvrent en accord et en coopération”, note Armine.

“Imastuni” ne prétend pas tout résoudre, mais aborde des sujets centraux et favorise une réflexion collective, ce qui peut déboucher sur des changements réels tant au niveau individuel - ainsi le jeune qui visionne nos vidéos modifie son approche du processus éducatif dans lequel il est engagé -, qu’au niveau institutionnel – à savoir l’élaboration de nouvelles stratégies dans l’éducation, etc.

Parmi les sujets déjà traités, on trouve les rapports entre la culture et l’enseignement, le rôle de l’art dans l’éducation et l’éducation comme un art en soi, les possibilités qu’offre le recours aux jeux dans l’enseignement, l’enseignement en plein air, etc.

“Il n’y a pas beaucoup de ressources - et très peu qui soient de qualité - en langue arménienne pour les enseignants, admis que la majorité ont un accès très limité aux matériaux en langues étrangères à cause de la barrière linguistique”, note Talin Saghdasaryan, coordinatrice de projets à Paradigma. “L’idée de KASA nous a intéressés car elle permet de mettre en place une plateforme de discussion, d’échange et de partage entre enseignants. En même temps, elle crée un contenu de qualité, élaboré et bien ciblé, sur des sujets qui se sont révélés indispensables au cours de notre expérience de travail avec les enseignants. En plus, il s’agit de matériaux qu’on peut utiliser à long terme dans plusieurs projets différents”, ajoute-t-elle.

D’ailleurs, l’initiative vient de “migrer” sur la plateforme Youtube. À s’abonner et à suivre !