KASA propose aux jeunes de Gyumri un développement holistique

EDITO DU MOIS
01.06.2022

L’autonomie, l’esprit critique, la socialisation ou encore la responsabilisation civique font partie des priorités de KASA.

Par Ani Paitjan

Pour les mettre en œuvre, la fondation a créé en 2006 au sein de son centre à Gyumri un programme de développement en deux volets pour les enfants et les adolescents. D’une part, il vise à rendre l’enfant conscient de ses capacités et à accompagner son intégration sociale, d’autre part, il suscite son inventivité par le biais d’activités créatives telles que le théâtre, la musique folklorique ou le lancement d’initiatives et l’ouvre au monde par le biais d’une initiation à l’anglais et au français. Bref, il favorise ce que Kasa appelle un développement holistique.

« Une approche encore peu développée en Arménie, et pourtant cruciale en ce qui regarde le développement harmonieux de l’enfant », à en croire Ruzanna Baloyan, responsable du programme.  Le développement holistique implique le développement physique, affectif, intellectuel et spirituel de l’enfant et favorise son esprit d’initiative. L’enfant apprend à cerner son identité, à repérer ses capacités et ses difficultés qu’il pourra analyser pour transformer en points forts. Il acquiert une perception plus large du monde, libre et critique, qui lui permettra d’affronter positivement les défis du quotidien.

Un programme crucial pour une région pauvre

Le développement personnel des enfants de Gyumri est d’autant plus décisif que la région du Shirak fait partie des plus pauvres d’Arménie et connaît le taux de chômage le plus élevé du pays. Selon le service national des Statistiques, quarante-deux pour cent des enfants vivent en-dessous du seuil de pauvreté et cinq pour cent connaissent des conditions de pauvreté extrême. 

Cette situation provoque l’exode des pères qui partent à l’étranger pour assurer les besoins financiers de leur famille restée en Arménie. Quant aux mères, qui ont grandi pendant une période de transition entre le système soviétique et la naissance d’une république démocratique, elles manquent de repères pour comprendre les demandes de leurs enfants dans une société en rapide évolution. Et quid de l’école ?

« Malheureusement le système scolaire actuel n’assure que le développement intellectuel de l’enfant, au détriment des autres dimensions de sa personnalité. Ainsi il est fait peu de cas du développement physique et émotionnel, de la créativité et de la socialisation, bref d’une approche plus globale de l’enfant », constate Ruzanna Baloyan.

Un programme qui assure l’éveil des enfants

Entre cent trente et deux cents enfants et adolescents âgés de six à dix-sept ans prennent part aux activités extra-scolaires dans les locaux de Kasa. Pour leur plus grand bonheur et celui de leurs parents également.

Âgé de huit ans, Ruben se rend tous les jeudis avec ferveur dans le centre KASA pour y participer aux différentes activités du programme. Pendant cinq heures, il se défoule, comme dit sa maman Tamara. Au programme : développement personnel, sport, atelier de théâtre, jardinage et créativité.

« Depuis qu’il participe au groupe théâtre et s’identifie aux personnages qu’il incarne, Ruben ose s’exprimer. Chaque semaine, après avoir passé sa journée à Kasa, Ruben revient avec de nouvelles connaissances ou un comportement plus positif, ce qui est extrêmement plaisant tant pour lui que pour moi. À cause de son hyperactivité, Ruben a un besoin d’attention qui dépasse la norme. Le groupe de développement auquel il participe, nourrit sa soif de nouveauté ! »  Résume Tamara d’une voix enjouée.

Responsabilité civique et affirmation de soi

Pour les plus grands (entre onze et dix-sept ans), les activités sont aussi axées sur le développement personnel et la créativité, certes, mais aussi sur l’ouverture au monde :  de nombreux jeunes découvrent l’importance du bénévolat en termes de droits de l’homme, d’écologie et d’aide sociale. De surcroît, KASA offre la possibilité aux jeunes de dix-sept ans de suivre un stage dans différents secteurs professionnels afin qu’ils puissent décider eux-mêmes de l’orientation qu’ils souhaitent prendre sans se conformer aux désirs de leurs parents.

« Nous travaillons avec les plus grands afin qu’ils deviennent des citoyens conscients et actifs, capables de s’investir positivement. Et nous les sensibilisons à de nouveaux métiers. Traditionnellement en Arménie nous préparons des historiens, des linguistes, des avocats, mais nous ignorons encore trop d'orientations possibles telles que les métiers liés à l’information ou aux nouvelles technologies », insiste Ruzanna Baloyan.

À seulement 12 ans, Melania fait partie des enfants dont les progrès personnels ont été fulgurants. L’adolescente se rend au centre depuis un an et demi et selon sa maman, Seda, la petite fille timide s’est transformée en une jeune fille affirmée.

« Elle a manifesté des changements très positifs tant au niveau de l’expression que de la socialisation. Elle est plus active et veut acquérir seule des connaissances dans différents domaines », relève Seda. « Elle s’exprime avec nous avec plus d’assurance, défend ses opinions, prend des décisions. Bref elle s’affirme comme une adulte, ce qui nous a surpris au début, mais nous réjouit maintenant

Au final, selon les indicateurs de KASA, soixante-dix pour cent des enfants arrivent à exprimer librement leurs besoins en proposant des solutions à leurs problèmes et se révèlent capables de collaborer positivement avec les autres.  Soixante-dix pour cent des parents témoignent de changements relationnels avec leurs enfants et quatre-vingt pour cent des adolescents reconnaissent mieux cerner leurs capacités et leur orientation professionnelle : une nouvelle jeunesse éclot pour construire l’Arménie de demain !