L'édito du mois kasa
22.03.2021

LA FORMATION PERMANENTE,

voie royale pour développer le sens de la responsabilité

Il n’est pas si ancien le temps où, sortis de formations secondaires, professionnelles ou universitaires, la plupart des jeunes pensaient pouvoir bénéficier de leurs acquis leur vie durant. Deux guerres mondiales et la fulgurante croissance des savoirs et savoir-faire ont définitivement mis à mal cette illusion d’un bagage définitif.

Quels sont les facteurs qui ont modifié la donne ?

Au premier plan, évidemment, le développement exponentiel des sciences, aussi bien exactes qu’humaines. Impossible de ne pas prendre en compte les découvertes de la physique, de la biologie, de la médecine, de la psychanalyse… Ce d’autant que l’émergence exponentielle de nouvelles technologies nous oblige à repenser toutes nos pratiques. En outre, la mondialisation a favorisé à grande échelle la découverte d’autres cultures, d’autres civilisations, voire d’autres époques : en témoigne par exemple le tourisme médico-spirituel qui nous fait chercher du côté de l’Inde, de la Chine ou de l’Amérique précolombienne des sagesses ancestrales. Et la pandémie a souligné l’importance de tous les médias à distance : la multiplication des échanges virtuels et des réseaux sociaux ouvre un large accès à des informations jadis réservées à un petit nombre, mais elle favorise aussi, à condition d’être employée positivement, la naissance de nouvelles idées et compétences pour mettre collectivement en place des solutions inédites.

Certes les résistances au changement persistent, parfois tenaces.

A commencer par le fait que l’être humain, naturellement enclin à la paresse, ne bouge que s’il y est contraint. Cela est d’autant plus vrai que manque fréquemment le temps de l’exploration, au cœur d’existences de plus en plus éclatées. Mais aussi la capacité financière : continuer à apprendre peut coûter cher, tant la formation est devenue un juteux commerce. Et, plus fondamentalement, nous n’avons pas toujours envie de remettre en question nos acquis, notre vision du monde, d’accepter de recommencer à zéro dans de nouveaux domaines qui nous échappent ou vont trop vite: au risque d’oublier que la vraie jeunesse est moins d’âge que de curiosité!  

Mais le succès de la formation permanente semble avéré.

Il s’est imposé après la Seconde Guerre mondiale avec l’essor des clubs et universités populaires, des centres de loisirs, des recyclages professionnels. Ou encore des encyclopédies, du livre du poche et des revues thématiques, ainsi que de l’accès facilité à de nombreuses bibliothèques. Aujourd’hui des cours par correspondance ou par visioconférence. De fait quiconque veut continuer à se former peut en trouver les moyens s’il en a la volonté et l’obstination.

Selon quels paradigmes ?

Néanmoins multiplier les lieux et les moyens de formation ne suffit pas. C’est l’esprit même qui doit en être repensé, pour ne pas singer le modèle scolaire traditionnel. De fait il s’agit moins de proposer un supplément de culture que de répondre à des besoins réels en s’appuyant sur l’expérience de chacun. Entendez d’introduire de nouvelles connaissances en les reliant intrinsèquement aux acquis des apprenants et à leurs pratiques. Cela implique de remplacer une approche verticale - un enseignant remplit la tête des enseignés, lesquels restent extérieurs à la démarche - par une démarche partenariale - chacun partage ce qu’il sait et peut faire, l’entraide remplace la concurrence, l’ouverture le repli jaloux. Et de s’y atteler en tenant compte du rythme et des disponibilités des apprenants, grâce à des moyens adéquats - enseignement à distance, cours du soir, matériel pédagogique adapté et si possible ludique, présence d’accompagnants qui aident à cerner les difficultés rencontrées. Et en réduisant les obstacles économiques, par le biais de formations à des prix abordables voire financées par les employeurs. Et surtout d’aiguiser le goût de la réflexion et de la recherche, avec la ferme volonté de soutenir les expériences, les essais, les initiatives individuelles ou de groupe, de montrer que « le chemin se fait en marchant… (Machado) ».

En route vers plus de citoyenneté

Bref osons susciter le désir de la découverte, encourager une certaine prise de risque, repérer les potentialités, inviter à rebondir après un échec. Avec pour but final d’inciter hommes et femmes (ces dernières encore plus concernées car souvent sollicitées par leur famille et pourtant fréquemment plus motivées !) -  de réaliser que les uns et les autres peuvent et savent plus qu’ils n’imaginent, et qu’il ne tient qu’à eux de s’épanouir. Cette approche confiante peut même contribuer à inspirer l’enseignement obligatoire, qui a tout à gagner à miser en priorité sur les capacités et la curiosité des enfants, tout en continuant à leur dispenser les outils linguistiques et scientifiques de base. Il n’est pas interdit d’allier rigueur et plaisir !  La formation permanente représente au final une voie royale pour accroître le sens de la responsabilité et encourager la citoyenneté.      

Monique Bondolfi-Masraff, présidente de KASA