L'édito du mois kasa
02.02.2022

Que voilà un étrange tandem : dans l’imaginaire collectif l’économie ne s’oppose-t-elle pas à la solidarité, comme l’argent à la gratuité ?  

Par Monique Bondolfi-Masraff, présidente de KASA 
 

De prime abord une telle interprétation peut se justifier. Les objectifs visés apparaissent antagonistes, surtout dans une économie qui se veut concurrentielle. C’est à qui engrangera le plus de bénéfices, en termes non plus de millions mais de milliards, concentrés entre les mains de quelques audacieux qui ont développé le bon filon. 
D’aucuns de ces nouveaux maîtres du monde essaient certes de se donner bonne conscience en créant des fondations caritatives, et l’on pourrait estimer qu’il est déjà heureux que quelques miettes de la table du riche tombent dans l’escarcelle du pauvre. Cette manne n’est pas négligeable. Mais elle ne fait que mettre un emplâtre sur une jambe de bois. Car elle ne répond pas à une interrogation beaucoup plus fondamentale : l’économie est-elle au service de la personne, ou la personne à la botte de l’économie? 

La question est cruciale aujourd’hui, dans beaucoup de domaines. Dont le dernier mis en lumière, celui de la santé. Soignants épuisés et exploités, asservis à des minutages inhumains, sacrifiés sur l’autel de dividendes juteux. Qui abandonnent leur métier faute de pouvoir le pratiquer correctement et avec cœur auprès de patients qu’ils ne réussissent plus à écouter. Ou encore gilets jaunes désemparés, voire révoltés, qui rêvent d’une société sans argent ou au moins sans bénéfices scandaleux réservés à une toute petite minorité.  L’opposition économie-solidarité est-elle inéluctable ? 

Tentons de revenir à quelques principes de base.
En soi l’économie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est fondamentale. Étymologiquement elle dit la nécessaire gestion – nomos - de notre maison – oikia -, privée, nationale, à l’échelle du globe. Elle représente un stimulant essentiel pour favoriser la recherche, la création, bref l’expression humaine. De même le terme commerce résume aussi bien l’échange de biens matériels que de relations humaines, voire spirituelles. O admirable commerce s’exclamaient les mystiques du XVIIe s. en évoquant leur relation à Dieu !
Dit en d’autres termes ce n’est pas l’économie qu’il faut fustiger, mais ses possibles  déviations.

C’est donc à lui redonner taille humaine que s’attellent les adeptes d’une économie sociale et solidaire. 
Entendez une économie dont le but n’est pas d’obtenir un profit financier maximal quel que soit le prix à payer -, conditions de travail désastreuses, écart croissant entre les pauvres et les riches -   mais de favoriser le bien-être de chacun. 
•    En termes de produits : utiles et beaux, sains, écologiques, durables.
•    En termes de conditions de travail :  horaires décents, lieux de travail adaptés, priorité accordée à la responsabilisation et au développement de chaque personne plutôt qu’à une rentabilité maximale.
•    En termes de réseaux : préférence accordée chaque fois que c’est possible à une économie circulaire et à des réseaux courts. 
•    En termes de répartition de bénéfices : chaque travailleur reçoit un salaire correct,  lui permettant de vivre décemment, incluant des conditions sociales idoines - droit à l’éducation, à la santé, à la retraite, respect des malades et des handicapés. Mais   au-delà les bénéfices éventuels sont totalement réinvestis pour favoriser la qualité et la recherche et élargir le cercle des personnes impliquées.

Une telle économie représente certainement une des voies les plus prometteuses pour favoriser l’esprit d’initiative des individus, sans perdre de vue le souci de l’ensemble. Tous ont à y gagner : 
-    Les travailleurs s’investissent plus volontiers, se sentant responsabilisés et reconnus.
-    Le réseau des personnes concernées s’agrandit et se fortifie, ce qui contribue à vivifier les échanges et la solidarité, face à la recherche du pur profit.

Pour garantir son existence future l’Arménie se doit d’être de plus en plus forte économiquement, en reconnaissant et valorisant les compétences de ses citoyens. A ce titre promouvoir une économie qui part de la base et soutient les initiatives individuelles dans une perspective de bien commun peut représenter un pari extrêmement invitant !