« Meghri – Capitale culturelle de la Communauté des États indépendants 2026 »

Արվեստ և մշակույթ
04.05.2026

Du 15 au 17 avril a eu lieu le lancement officiel du programme « Meghri – Capitale culturelle de la Communauté des États indépendants 2026 ». Au cours de ces journées, des centaines d'invités, venus de toute la République et des pays de la CEI, se sont rendus dans la région la plus éloignée de la capitale arménienne. Ils ont assisté à la remise du certificat de Capitale culturelle à la ville et ont pu visiter l'exposition ART EXPO, assister au concert de gala des artistes des pays de la Communauté et même participer à un flashmob de danses nationales. Les invités d'honneur de la fête ont planté des arbres dans le parc dédié au statut de capitale de la ville. Un timbre-poste « Megri – Capitale culturelle de la Communauté » a été émis à l’occasion de cet événement.

Les événements se poursuivront pendant plusieurs mois, pour être clôturés le 1er novembre 2026 par un grand concert. M. Daniel Danielian, vice-ministre de l'Éducation, de la Science, de la Culture et du Sport de l'Arménie, présente cette initiative aux lecteurs du Courrier d'Erevan.

 

Par Zara Nazarian

Monsieur Danielian, vous étiez récemment dans le sud de l’Arménie, où ont été inaugurées les journées consacrées à Meghri, capitale culturelle de la CIS. Auparavant, d’autres villes arméniennes – Goris et Gyumri – avaient été désignées comme capitales culturelles. En quoi cette dernière édition est-elle différente des précédentes ? Parce que, vu de l'extérieur, l’importance de l’événement dépasse de loin le seul volet culturel, Meghri étant quand même le centre de pas mal de convoitises.

Il y a deux choses à savoir : d’abord, la sélection de Meghri. Quand c’est au tour d’un pays d’être désigné, il doit proposer une ville. Ensuite, il y a un vote, et il est rare, voire inexistant, que le choix du pays ne soit pas validé. C’est donc nous qui avons décidé de proposer Meghri. La deuxième chose très importante à savoir, c’est que, lorsqu’il s’agit de programmes internationaux, c’est-à-dire même pour des Jeux de la Francophonie, des Jeux olympiques, etc., les pays sont toujours très enthousiastes à l’idée de participer, car cela permet de faire évoluer leurs infrastructures. Enfin, cela présente d’abord un bénéfice pour le pays. Et comme, en distance kilométrique, c’est la ville la plus éloignée d’Erevan (380 km jusqu'à Agarak, et encore 5 km entre Meghri et Agarak), il y a des touristes qui y vont, mais pas assez.

Ce genre d’événement pourrait multiplier par 5, voire par 10, le nombre de touristes qui iront à Meghri, d’autant que je trouve le faible nombre de touristes actuels tout simplement injuste pour cette ville, car Meghri, c’est un coin magnifique ! Et pour la nature, pour les gens, pour la ville, pour les petits endroits. Par exemple, l'église de Meghri est unique : c’est une église arménienne, mais la plus singulière au monde, car on y voit l’influence iranienne à l'intérieur. Il y a également un aqueduc, ce qui est rare en Arménie. Bref, il y a plein d’endroits comme ça, qui méritent d’être sous les projecteurs et où les touristes arrivent jusqu’à là-bas. Et je ne parle pas de la gastronomie ! Sur le plan naturel, ils sont gâtés, car il y a de tout, y compris des montagnes vraiment particulières. La rivière Araks, par exemple, était rouge ; c’était d’une beauté indescriptible : les montagnes étaient rouges et, après la neige, l’eau des montagnes s’écoule dans la rivière, qui devient rouge. C’est vraiment incroyable. 

Aujourd’hui, pour y arriver, il faut passer par Kajaran depuis Kapan. Kapan-Meghri, c’est une heure et demie de route, mais une heure et demie très difficile, parce qu’en fait, ça monte tellement haut : le point le plus haut, c’est 2 535 m. Par ailleurs, une nouvelle route est en cours de construction : le projet s’intitule “Agarak-Kajaran”. Il s’agit d’une portion de 32 km comportant des tunnels, des ponts, etc., qui raccourcira sensiblement le trajet. La nouvelle route est déjà en construction et devrait être prête en 2027.

 

Quand on regarde les pays participants à l’ouverture et à l’ensemble des événements, on retrouve plusieurs anciennes républiques soviétiques…

Oui, c’est ça. Nous avons célébré l’ouverture avec nos amis de l’ancien bloc soviétique, c’est-à-dire les Kazakhs, les Ouzbeks, les Kirghizes, les Tadjiks, les Russes, etc. Justement, c’est la politique de notre gouvernement, qui vise l’équilibre et l’équité pour tout le monde. C’est aussi ce que j’avais dit à la presse sur place : les pays participants étaient nos partenaires et nos voisins du nord et de l’ouest. Parce que la culture est en première ligne de toute conversation entre les pays, de toute relation, même de celles qui n'existent pas.

 

On dirait que la culture est une clé…

C’est une clé : une façon douce et très noble de commencer et de construire des relations. Et à partir de là, en fait, politiquement, économiquement, dans tous les domaines, les relations peuvent déjà être concrétisées. Parce que la culture permet vraiment de dialoguer. Et quand on parle de la culture, on voit qu'il y a plein de choses qui nous unissent, en fait. C’est-à-dire que les points divergents disparaissent d’un coup et qu’on ne retrouve que des points convergents.

Le jour de l’ouverture, plusieurs événements se sont succédé : nous avons planté une vingtaine d’arbres dans une école maternelle ; ensuite, nous avons fait des visites : l’église, l’aqueduc, ainsi que des lieux et des coins historiques. Nous avons également publié un timbre à l'effigie de Meghri 2026. Et après, un grand concert. D’habitude, c’est de la musique folklorique qu’on choisit dans les différentes régions. Mais là, on avait amené l’orchestre de jazz de l’État, avec un programme phénoménal, dont Vahagn Hayrapetian, par exemple, ainsi que d’autres artistes de grande notoriété. Et ça a vraiment été un programme de qualité qu’on aurait fait à Erevan, par exemple. Et ça aurait fait un super concert et c'était très bien accueilli. Le concert a été suivi d’une DJ party en plein air. 

 

En ce qui concerne ces deux jours que vous venez de passer à Meghri, du 16 au 17 avril, en quoi cela vous a-t-il marqué ? Qu’est-ce qui a été différent ou spécial pour cette édition-là, pour le lancement ? Et donc, par la suite, j’ai vu la liste des événements à venir. C’est vraiment très riche. Sincèrement, cela donne envie d’y aller.

Comme je le disais, notre approche était la suivante : on n’est pas là pour cocher une case, mais vraiment pour travailler en profondeur : d'abord la culture, mais aussi la décentralisation de la culture, car c’est l’un des points très importants de la politique culturelle du gouvernement. C’est-à-dire, dans toutes les régions, dans tous les villages, dans toutes les villes d’Arménie, on doit avoir une culture de la même qualité que celle du centre d’Erevan. Il y a ça, mais aussi, en fait, la découverte et la redécouverte de ce coin paradisiaque et vraiment unique. On remarque que, quand tu arrives à la dernière traversée, c’est complètement différent. La nature est différente. Les gens sont sympas comme partout. Ils attendent du monde. Et une autre grande surprise : il y a pas mal de maisons d'hôtes, par exemple. Il y a des maisons d'hôtes, dont une, datant de 1820-1830, s'appelle Khatchans Tun, et c’est la huitième génération de cette famille. C’est la même famille qui la tient, huitième et neuvième générations, je crois. Un petit garçon qui grandit dans les murs et reprendra le flambeau. Il y a des restaurants et des hôtels. Pas autant qu'à Kapan, par exemple, mais à leur échelle. Donc il y a de tout et, économiquement, on peut tout développer.

Notre approche était la suivante : découvrir et redécouvrir ce coin de l'Arménie pour nous, pour les Arméniens qui vivent en Arménie, en fait, pour le tourisme interne, et puis, bien sûr, pour les touristes étrangers qui viendraient en Arménie et feraient étape à Meghri. Ensuite, la découverte et la redécouverte de la culture locale, par exemple, les costumes.

 

Quels sont les points forts du programme pour les mois à venir ? Qu’est-ce que vous conseillez en particulier aux lecteurs du Courrier d’Erevan pour se rendre à Meghri et suivre les événements ?

Pour la première fois, à l’initiative de Svetlana Sahakian, nous allons avoir un volet intitulé « TarazFest », c’est-à-dire des défilés en costumes traditionnels. Les stands d’artisanat de chaque pays participant sont également très intéressants. Même les Kazakhs avaient apporté leur yourte ! Et à la clôture, ce sera l’orchestre commun à tous ces pays qui jouera.

Il y a des événements très variés et espacés dans le temps, afin que les gens puissent y aller le week-end. À la place de 7 heures de route, on peut faire environ 3 heures : 40 minutes d’avion Erevan-Kapan, puis une heure et demie de voiture. Et puis, le processus de paix fera qu’on aura des routes qui passeront par le Nakhitchevan, par exemple ; ça fera 3 heures de trajet depuis Erevan…  

Cette manifestation, intitulée « capitale culturelle », nous a permis de rénover la Maison de la culture d’Agarak – pas encore entièrement, mais ce que nous avons pu faire. Cependant, nous continuerons. Nous avons, par exemple, remplacé les chaises dans la salle de la Maison de la culture de Meghri. Nous avons effectué une rénovation esthétique. Et si ce mouvement se poursuit, comme nous l’espérons, nous accélérerons la rénovation partout. C’est un bon début, et l’avenir est prometteur !