« Voyage Musical Francophone en Arménie » : faire chanter des Français en Arménie et en arménien

Ֆրանկոֆոն Հայաստան
10.06.2026

La scène culturelle franco-arménienne n’a de cesse d’étoffer son répertoire. Dernière en date : la tournée « Voyage Musical Francophone en Arménie » du chœur Les Troup’Adour en Arménie en mai dernier. Cet échange musical prenait racine dans le cadre du projet « Maison de l’Art Franco-Arménien » porté par l’Association culturelle Union Franco-Arménienne. Mise au point musicale sur ces tisserands de liens entre la France et l’Arménie.

 

Par Camille Ramecourt

Une initiative pour promouvoir l’art comme langage universel

Créée en France en 2021, jusqu’alors l’Association culturelle "Union Franco-Arménienne" n’avait exercé sa mission que dans le pays d’adoption d’Artur Arzoyan, cofondateur, et de son épouse, Aghavni Vardanyan. 

Pour les deux artistes, l’une joueuse de qanûn [NDLR : un instrument traditionnel arménien], cheffe de chœur et directrice musicale, l’autre réalisateur de cinéma, de télévision, et acteur, vouloir faire dialoguer deux pays revenait tout naturellement à créer un espace pour échanger sur leur culture : 

Nous avons toujours pensé que l’art est l’un des langages les plus universels. La musique, le cinéma, le théâtre ou la peinture touchent l’âme humaine bien plus profondément que les discours politiques ou idéologiques, parce qu’ils naissent directement des émotions et de l’expérience humaine.

Pour nous, la culture n’est pas simplement une activité artistique ou événementielle. Elle représente la transmission de la mémoire, de la dignité, de la beauté et des valeurs spirituelles. C’est probablement pour cette raison que nous avons choisi de nous engager dans les relations franco-arméniennes à travers l’art.

 

 

Nous croyons profondément que l’art peut accomplir ce que la politique ne réussit pas toujours à faire : créer un lien humain sincère, une compréhension mutuelle et une amitié durable entre les peuples.”

 

… et pour unir les artistes de deux nations

En plus de la préservation, de la transmission et du rayonnement de la culture arménienne qui est l’un des objectifs du projet, l’association cherche à faire grandir les scènes culturelles des deux pays : 

Nous sommes convaincus que la transmission de cette expérience [NDLR: de la culture française et européenne] peut jouer un rôle important pour les jeunes artistes talentueux d’Arménie. Lorsqu’ils ont la possibilité d’échanger avec des artistes et professionnels reconnus à l’international, ils découvrent de nouvelles perspectives et ouvrent de nouveaux horizons pour leur avenir.

Notre objectif est de créer un véritable dialogue entre les cultures française et arménienne, où le partage d’expériences et d’idées peut donner naissance à des formes artistiques nouvelles, plus contemporaines et plus abouties.”

C’est pourquoi, lors de la première création en Arménie de l’association “Maison de l’Art Franco-Arménien” qui eut lieu en mai dernier sous la forme de plusieurs concerts du choeur Troup’Adour, une masterclass destinée aux jeunes musiciens et artistes locaux, fut organisée à Vanadzor. A l’image du projet en lui-même, cet aspect pratique a créé un espace de rencontre pour faire dialoguer, à travers l’art et la transmission, artistes français et arméniens.

 

 

Une série de concerts qui rapprochent

L’émotion était forte quand le Centre d’Art Naregatsi d’Erevan servit de caisse de résonance aux deux hymnes français et arménien, joués l’un après l’autre, à l’unisson des chœurs français et de l’orchestre arménien du centre. Elle le fut encore plus pour la dernière chanson exécutée, Erevan Erebouni, qui vit toute l’audience se lever et accompagner le chœur Troup’Adour, qui, hormis son chef Onnick Adourian, n’a pas d’origine arménienne, et qui chantait donc dans une langue qui n’était pas la sienne.

 

“Le public arménien a été très réceptif à nos chants, en tant que nation très cultivée musicalement, et particulièrement touché et touchant lors des chants arméniens. Il m'a fait pleuré à chaque concert face à la profondeur de sa culture incarnée par son peuple. Je garde particulièrement en mémoire le premier concert où tout le public s'est levé et a chanté avec une vive émotion "Yerevan" avec nous.” Hugo, choriste

 

Après le premier concert du 14 mai à Erevan, le programme s’est exporté à Vanadzor. Après sa représentation, le chœur fut invité au Musée des Beaux-Arts de la ville à l’occasion de la Nuit des Musées. Là, le petit chœur d’enfants de Vanadzor a surpris le groupe de Français, avant de chanter avec eux, et de prévoir de poursuivre ce duo à l’avenir. 

 

“L’un des moments les plus émouvants fut également l’accueil chaleureux organisé au musée des Beaux-Arts de Vanadzor, où les enfants d’une petite chorale ont accueilli les artistes français avec leurs chants. Cette atmosphère sincère et spontanée restera comme l’un des symboles les plus touchants de tout ce voyage.” Simon, choriste

 

Et cela marque le succès du programme, car si avoir fait sonner l’acoustique d’exception d’Haghpat était déjà une pierre blanche en soi pour l’association culturelle et le choeur, l’objectif sous-jacent à tout ce projet est bien d’offrir une nouvelle passerelle entre la France et l’Arménie, de renforcer les liens existants ainsi que d’en créer de nouveaux.

 

 Les fruits de la première mission

Vanadzor fut particulièrement réceptive à l’initiative franco-arménienne : la mairie de la ville avait organisé une réception officielle, où elle remit aux participants un diplôme d’honneur pour leur engagement dans les relations culturelles franco-arméniennes, et exprima son intérêt pour un jumelage avec une ville française.

 

 

Ce résultat concret est résolument dans l’esprit du projet projet éducatif et culturel francophone « Maison de l’Art Franco-Arménien », dans lequel prenait racine la tournée « Voyage Musical Francophone en Arménie ». Cette maison sera développée dans le village de Dsegh, lieu de naissance de l’écrivain arménien Hovhannès Tumanyan, dans la région du Lorri. Centre culturel francophone en devenir, l’objectif sera d’accueillir de manière permanente concerts, ateliers artistiques, masterclasses, projections de films et programmes internationaux d’échanges culturels, mais aussi de soutenir les jeunes artistes, et de contribuer au développement culturel régional en Arménie.

 

“[L’accueil du public était] peut-être curieux au début, puis quand on commence à chanter arménien l'ambiance dans le public devenait chaleureuse et pleine d'émotions. Lors d'un concert, à un moment une personne a quitté la salle. On a pensé qu'elle n'aimait pas ce qu'on faisait ou qu'elle avait un impératif dans son emploi du temps. En fait elle s'était éclipsée vite fait pour aller acheter des roses pour les choristes !” Héloïse, choriste

 

Par les chants, les rencontres et le dialogue, c’est une nouvelle pierre à l’édifice de l’amitié  franco-arménienne qu’ont apportée les structures de l’Union franco-arménienne, les Troup’Adour et la Maison de l’Art Franco-Arménien dans leur “Voyage Musical Francophone en Arménie”. Et, en plus des résultats attendus, du public présent, de la découverte de la culture arménienne par les Français, et des soutiens officiels des deux côtés, des connexions humaines ont aussi su fleurir, simplement.