
Entre les mercredis 22 et 29 avril, plusieurs événements culturels et académiques francophones se sont succédé sous la tutelle de l’université Brusov d’Erevan. Dans cet établissement où sont enseignées plusieurs dizaines de langues, le français était mis à l’honneur sous ses formes orale, écrite et même chantée, avec le concours des enseignants comme des apprenants.
Par Marius Heinisch
Le français chante
Tant ont voulu y assister que tous n’ont pas pu s’y assoir. Malgré ses dizaines de places, la grande salle de conférence de l’université de Brusov laissait, mercredi 22 avril, nombre de jeunes gens debout, massés dans les coins et les allées. Majoritairement étudiante, la foule est venue écouter, pendant plus d’une heure, les apprenants du français interpréter, sur scène, des titres bien connus du répertoire de la chanson française.
Car le but de l’événement, pour cela intitulé « Rencontre musicale : chants, paroles et âme française », était aussi d’affirmer une idée : le français est une langue musicale, une langue qui chante et qui se chante. Ce sont les deux étudiantes-présentatrices qui le disent : « quand elle est chantée, la langue française peut transmettre toutes les émotions, de la joie à la tristesse en passant par la nostalgie, l’amour et même l’humour. » Chantée, « la langue française devient un espace de dialogue, de rencontre, accessible même à ceux qui ne la comprennent pas. »
Se succèdent alors, sur la scène, devant le public composé par leurs amis, camarades et professeurs, des étudiants de l’université Brusov. L’un après l’autre, ils reprennent, en français et parfois en arménien, les chansons qu’ils ont choisies pour faire chanter le français. La sélection est éclectique, et rappelle que, comme langue de chant, le français a bien vécu, traversant genres et époques pour toucher jusqu’aux apprenants d’Arménie. Ainsi, à Edith Piaf succède Aznavour, puis Joe Dassin, Vanessa Paradis, Zaz ou encore Indila et Slimane. Lorsqu’il les connaît, le public reprend les refrains avec le chanteur ; la francophonie, à Brusov, en Arménie, est une communauté bien locale.
Le français se joue
A l’université Brusov, le français n’est pas seulement une langue que l’on apprend pour la parler, pour travailler avec ou voyager. C’est aussi une langue de littérature, dont on étudie les textes, que parfois même on représente. Emmenés par la professeure de littérature Ani Djanikian, une troupe bigarrée d’étudiants de Brusov et de l’Université Française en Arménie (UFAR) jouait, jeudi 23 avril, le spectacle qu’ils préparaient depuis des mois : l’adaptation des Précieuses Ridicules de Molière.
C’est donc en français, et pendant près de deux heures, que les acteurs-étudiants ont foulé la scène du Théâtre Académique Soundukian d’Erevan, déclamant avec justesse la langue de Molière… dans la langue de Molière. Entièrement rempli, le parterre n’était pourtant pas entièrement francophone. Certains sont simplement venus soutenir leurs amis, ou un membre de leur famille. Le français relie ainsi au-delà même de la francophonie.
Le français pense
Dernier acte de cette semaine francophone, l’organisation, dans les locaux de l’université Brusov, d’un colloque international dédié à la langue française. Sous le titre ambitieux de « Miroir linguistique de l’univers : langage, savoirs et représentation du réel », une vingtaine d’universitaires de différents pays ont présenté leurs travaux les mercredi 29 et jeudi 30 avril. Avec comme dénominateur commun le français, ils ont fait état de la variété d’approches qu’offre l’usage et l’étude de cette langue.
Jacqueline Minasyan, maîtresse de conférences à l’université Brusov, a ainsi pu faire savoir comment les thèses de Marthe Robert sur le roman comme quête de l’absolu éclairaient la structure de Madelaine avant l’aube, roman contemporain lauréat 2024 du prix Goncourt des lycéens. A sa suite et à front renversés, Nathalie Rouphael, enseignante-chercheuse à l’Université du Liban explorait la thèse d’une construction de la réalité par le langage en confrontant le cas des langues russe et française sur la question des couleurs. Non moins éclectique, la suite du programme contenait, parmi d’autres, une prise de parole sur les Odes de Paul Claudel, sur le discours de Charles de Gaulles à Bayeux, la biopolitique du corps en Roumanie ou encore les particularités sémantiques des ethnonymes en turc.
Dans leur diversité, les événements francophones organisés par l’Université Brusov au mois d’avril rappellent à chacun que nul ne peut dire jusqu’où le mènera son apprentissage du français – et pourquoi pas en Arménie ?









