Le nouveau projet de bourses par les fondations KASA et Hirschmann, ou comment soutenir à la fois l’éducation supérieure et l’engagement social

EDITO DU MOIS
16.04.2021

Au début de l’année 2021, la fondation KASA a annoncé le coup d’envoi de sa coopération avec la fondation Hirschmann (Zoug, Suisse), sous forme de bourses d’études destinées à des étudiants des universités d’Arménie. Le domaine n’est nouveau pour aucune des deux structures : depuis ses débuts KASA octroie annuellement des bourses sur critères sociaux dans le cadre de son action humanitaire tandis que le soutien à l’éducation, à la recherche et à la coopération au développement sont à la base-même de l’activité de la fondation Hirschmann.

En même temps, leur projet conjoint tend à innover, avec l’introduction d’une composante d’engagement social parmi les principaux critères de sélection. Ainsi, en plus de leurs performances académiques, les candidats soumettent une idée de projet de préférence lié à leur domaine d'étude, qui propose une solution à un problème relevé au sein de leur communauté. Une option qui sert de fil rouge à tous les projets de KASA et qui permet, en ce cas, de faire d’une pierre deux coups : d’une part, les jeunes participent à l’essor de leurs communautés, d’autre part ils développent des compétences essentielles et découvrent de nouvelles possibilités dans leurs domaines de spécialisation, ce qui facilite leur entrée sur le marché du travail !

Après un processus de sélection difficile, les 20 premiers boursiers sont enfin connus. Originaires de différentes communautés d’Arménie, ils proviennent de la plupart des domaines de spécialisation - économie et marketing, droit, médecine, géopolitique, arts, technologies d’information, langues étrangères, etc - et représentent la majorité des établissements universitaires d’Erevan, mais aussi de Gumri. “Ce qui les a distingués des autres candidats lors de la sélection, à part les résultats académiques, c’était leur modestie, leur honnêteté et surtout leur détermination à réaliser leur projet social, que ce soit dans le cadre du projet de bourses ou par eux-mêmes", relève Anna Tchopourian, représentante de KASA.

Du Liban en Arménie, à la découverte de sa vocation de “créatrice de khatchkars”

Narine Poladian, jeune arménienne du Liban faisant du volontariat en Arménie dans le cadre du projet “Birthright Armenia”, est en train de se balader dans le centre-ville d’Erevan lorsqu’elle découvre, par hasard, un atelier à ciel ouvert où des maîtres-artisans sont en train de créer des khatchkars (“pierres à croix”). L’appel de l'âme dirige ses pas vers l’atelier, et Narine, timide par sa nature, trouve en elle le courage de demander si elle pourrait devenir apprentie. La réponse positive du maître Hambik ouvre le chemin à une passion qui ne quittera plus Narine, désormais connue comme la première femme à sculpter des khatchkars. Plus encore, elle déclenche toute une série de décisions capitales : installation définitive en Arménie et déménagement à Gumri, entrée en Master à l'Académie des Beaux-Arts (branche de Gumri) pour étudier la sculpture, ouverture de son propre atelier...

C’est là que les chemins de KASA et de Narine se croisent : elle postule à la première édition du projet de bourses KASA-Hirschmann. Et elle devient la favorite de tous les membres du jury de sélection, tant grâce à son parcours professionnel et à ses qualités personnelles qu’à son projet de développement communautaire : “Lorsque je me suis installée en Arménie, au bout d’un moment, j’ai commencé à réfléchir à mon rapport avec ce pays, que j’appelais ma patrie : il me donnait beaucoup, et moi aussi, je sentais le besoin de lui rendre quelque chose de moi, quelque chose qui ait de la valeur. En même temps, avant la guerre de 2020 aussi [la Seconde guerre d’Artsakh en automne 2020, ndlr], mais surtout au cours d’elle, la forte prise de conscience que depuis toujours et sans cesse, notre adversaire s’efforce de détruire l’art arménien par tous les moyens possibles, m’a amenée à réfléchir à des manières de préserver cet art - et celui de la création de khatchkars en particulier -, à le développer, à en créer de nouvelles formes tout en restant fidèle, évidemment, à son esprit originel, et à le promouvoir”.

De fait le projet de Narine consistera à offrir la possibilité de vivre une expérience de travail directe avec le tuf, pierre principale utilisée traditionnellement dans la création de khatchkars, ceci à des adolescents et des jeunes de diverses régions d’Arménie sous forme de formations, mais aussi à des voyageurs intéressés, directement dans son atelier. Pourquoi cibler surtout les ados et les jeunes ? La réponse de Narine est simple : “C’est la génération future qui va assurer la perpétuité de l’identité arménienne ! Nous nous devons donc de lui transmettre l’importance de notre art dont les exemples passés aux mains de l’ennemi à la suite de la dernière guerre sont désormais en péril, tout comme l’étaient les khatchkars de Djougha au Nakhitchevan, aujourd’hui complètement rasés de la terre. Face à ce défi, je réfléchis constamment à des manières innovantes de sensibiliser les jeunes à notre héritage culturel !”

Entre Erevan et Artik, un engagement à plusieurs niveaux

Sevak Papoyan, étudiant en 4ème année de stomatologie à l’Université de Médecine d’État d’Erevan, avait découvert sur Internet le premier projet de bourses de KASA et appelait régulièrement afin de demander quand démarrerait une autre édition. Apprenant le lancement du nouveau projet de bourses, il y postule et se voit sélectionné. “Il n’y a rien d’impossible lorsque tu te définis un but et que chaque jour, tu fais de ton mieux pour l’atteindre”, est convaincu Sevak.

Engagé dans la vie associative de son alma mater, il est également actif dans sa ville d’origine, Artik (région de Chirak). En compagnie d’autres jeunes il s'apprête à s’adresser aux autorités locales afin de participer à la résolution de problèmes observés au sein de leur communauté, dont le besoin d’augmentation du nombre d’espaces verts et de leur maintien, ou encore le manque d’aide aux personnes âgées seules, particulièrement isolées en temps de pandémie.

Compte tenu de sa formation, Sevak a souhaité travailler à la sensibilisation des écoliers à l’importance d’une bonne hygiène de la cavité buccale. “Mes sondages personnels ont démontré que beaucoup d’adultes ne savent souvent même pas se brosser correctement les dents, alors qu’ils sont censés transmettre ce savoir à leurs petits. Ce qui fait que les enfants aussi finissent par avoir des problèmes, voire des maladies non seulement de dents, mais aussi de la mâchoire et de la face. Par conséquent, j’ai décidé de travailler parallèlement avec des mineurs et des adultes, de manière interactive et ludique, pour pouvoir ancrer dans leur quotidien les savoirs et les bonnes habitudes requises. Je planifie également de faire des examens médicaux des cavités buccales des enfants, pour voir si des améliorations sont observables à la suite de mes campagnes de sensibilisation”, détaille le futur stomatologue.

Parlant de ses projets d’avenir, Sevak nous confie vouloir poursuivre ses études à l’étranger : “J’aimerais pouvoir innover dans mon domaine pour permettre à des personnes ayant des défauts orthodontiques, de mâchoire ou de face de divers niveaux de gravité, innés ou acquis, de vivre une vie complète, sans complexes. J’ai été encore confirmé dans cette idée après mes gardes à l'hôpital au cours de la dernière guerre, où j'ai vu beaucoup de soldats avec des problèmes relevant du domaine de la stomatologie”.