L'édito du mois kasa
24.12.2021

Gayané est à ses fourneaux depuis l’aube : hors-d’œuvre, poissons, viandes, desserts, rien n’y manque pour satisfaire l’amour-propre de son mari, très fier d’ouvrir largement sa table au tout-venant. Car enfin, à Nouvel-An, rien n’est trop beau! Rien n’y manque ? Curieusement le soir, lorsque défilent les invités devant le somptueux buffet, moitié amicaux, moitié pique-assiette, une pièce centrale est absente : la maîtresse de ces lieux, partie dans son antre cacher sa migraine. Quant aux enfants ils se sont réfugiés dans le monde virtuel de leur application, faute d’adultes avec qui jouer. La fête est-elle vraiment si réussie ? 

Par Monique Bondolfi-Masraff, présidente de KASA 

C’est la tradition, diront d’aucuns, car le maître de maison se doit d’honorer tous ses proches à chaque tournant d’année s’il veut pouvoir continuer à compter sur ses alliés naturels - le clan…- au fil des jours.  Alors peu lui importe que sa femme ait travaillé durement pour participer au financement de tous ces mets avant de finir épuisée à force de se coltiner en prime toutes les corvées domestiques, ou que sa progéniture préfère sa play station faute d’oser espérer un réel moment de partage familial. 

Mais d’aucuns, de plus en plus nombreux, ressentent le besoin de repenser ce temps de fête. De préférer des relations de qualité à une munificence ostentatoire, d’autant plus déplacée que le pays vit des jours sombres. Certains feignent d’être absents, pour échapper à des engagements qu’ils considèrent comme des corvées mondaines démunies de goût et de sens. D’autres annoncent la couleur : cette année nous fêtons en famille, en accordant la priorité à nos enfants, pour rattraper trop de moments pris par le travail ; ou nous allons prendre le temps de nous retrouver en couple, voire avec quelques amis choisis, occasion de dresser  le bilan de l’année écoulée et de nous préparer à celle qui s’ouvre devant nous. Ou encore nous consacrerons du temps à des personnes isolées ou malades, qui vivent avec une certaine angoisse cette période où rien n‘est comme d’habitude.

Au final ce temps de fêtes nous incite-t-il à nous fuir ou à nous retrouver ? A remplir chaque seconde ou à privilégier des espaces de liberté, temps propices à la découverte avec en prime, pourquoi pas, des surprises heureuses ? Profiter de la trêve hivernale pour sortir d’un style de vie routinier en allant à la rencontre de  l’insoupçonné, que voilà un défi qui en vaut la peine !