La Communauté politique européenne : « C'est une Europe qui avance » selon Emmanuel Macron

Actualité
05.05.2026

C'est dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, guerre en Ukraine, conflit au Moyen-Orient, détroit d'Ormuz bloqué, que le huitième sommet de la Communauté politique européenne s'est ouvert ce lundi 4 mai 2026 à Erevan, en Arménie, réunissant une quarantaine de délégations venues de tout le continent. À son arrivée, interpellé par le corps de presse français, le président de la République française Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d'une défense européenne à large échelle, tout en abordant la situation sécuritaire de pays spécifiques, de la Roumanie au Liban. 

 

Par Gabrielle Delorme

Des solutions communes pour la sécurité d’une Europe large 

 La Communauté politique européenne est une instance informelle de coopération intergouvernementale, lancée à l'initiative d'Emmanuel Macron en 2022 dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. C'est dans cet esprit que le président français a pris la parole : « C'est un nouveau rassemblement de cette Europe large, qui est la Communauté politique européenne, qui, de l'Europe du Nord aux Balkans en allant jusqu'au Caucase, permet de rassembler aujourd'hui 40 délégations. Et on voit que c'est une Europe qui avance. » Cette réunion a pour objectif de favoriser le dialogue politique et la coopération afin de répondre aux questions d'intérêt commun, de manière à renforcer la sécurité, la stabilité et la prospérité du continent européen.

Ainsi, face à la détérioration des relations entre l'Europe et les États-Unis, Macron a insisté sur l'autonomie européenne en dehors de toute réaction aux agissements bipolaires de la puissance nord-américaine : « Nous, Européens, nous bâtissons nos solutions de sécurité. C'est ce que nous avons décidé de faire dès 2022 en créant la Communauté politique européenne. C'est ce que nous avons fait en bâtissant une coalition des volontaires pour apporter des garanties de sécurité à l'Ukraine. C'est ce que nous avons fait avec l'opération ad hoc et la mission pour la libération d'Ormuz. Donc, ce n'est pas en réaction à qui que ce soit, mais les Européens prennent leur destin en charge, augmentent leurs dépenses de défense et de sécurité et bâtissent leurs solutions communes. »

 

La réouverture du détroit d'Ormuz : non à l'opération américaine

Dans la nuit du 3 au 4 mai, Donald Trump a annoncé sur Truth Social le lancement immédiat de l'opération « Projet Liberté », visant à escorter militairement des navires bloqués dans le Golfe persique depuis deux mois. Face à ce revirement américain, les autorités iraniennes ont immédiatement réagi : « Toute intervention américaine dans le nouveau régime maritime du détroit d'Ormuz sera considérée comme une violation du cessez-le-feu. »

À ce propos, Emmanuel Macron a écarté toute participation française à cette opération : « Si les États-Unis sont prêts à rouvrir Ormuz, c'est très bien, c'est ce qu'on demande depuis le début. Mais nous, on ne va pas participer à quelque opération de vive force que ce soit dans un cadre qui, pour ma part, ne me semble pas clair. »

Le président français a plaidé pour une voie diplomatique : « Une réouverture concertée entre l'Iran et les États-Unis. C'est la seule solution qui permet durablement de rouvrir le détroit d'Ormuz, de permettre la libre navigation et de le faire sans restriction ni péage. »

 

Des engagements de sécurité à l'échelle des pays

 Au-delà de la sécurité collective européenne, le président français a abordé les trajectoires individuelles de certains pays qui sont à l’ordre du jour : « On va dans un instant tenir une réunion de soutien à l'Ukraine. On aura l'occasion d'avoir des réunions de soutien à l'indépendance et la souveraineté arméniennes, ainsi qu'à la Moldavie. »

Interrogé par une journaliste, le président français s’est aussi exprimé sur le risque sécuritaire croissant pour la Roumanie. Face à la persistance de l'agression militaire russe en Ukraine, la sécurité de la Roumanie, devenue un hub logistique central du conflit, est une priorité croissante. Le pays subit occasionnellement des retombées indirectes du conflit voisin, telles que des débris de drones. En réponse, la France a déjà déployé un bataillon multinational en Roumanie. Le président a réaffirmé l'engagement français : « La France est une nation-cadre pour la sécurité de la Roumanie, et donc nous prendrons nos responsabilités. Aujourd'hui, le déploiement que nous avons est considéré comme suffisant, mais nous nous adapterons évidemment en dialogue très étroit avec les autorités roumaines. Vous pouvez compter sur la France. »

Quant au Liban, grand absent du cessez-le-feu signé le 8 avril entre l'Iran, Israël et les États-Unis, il reste une préoccupation centrale pour Paris. Le président français a exprimé ses regrets quant à cette non-inclusion : « Je veux ici redire aussi qu'il est essentiel que le cessez-le-feu soit respecté au Liban. Il y a encore eu plusieurs dizaines de morts la nuit dernière. Il est essentiel que le cessez-le-feu soit respecté. Vraiment, c'est l'engagement que les parties ont pris, et je le dis pour la souveraineté, l'indépendance du Liban et la protection des populations civiles. »

 

Réitérer l'alliance contre les trafics de drogue

Enfin, constituée pour la première fois lors du précédent sommet de la CPE à Copenhague en octobre 2025, l'alliance regroupant quarante délégations, États et organisations internationales, contre les trafics de drogue se réunit pour la deuxième fois à Erevan. Le président français a évoqué « des actions très concrètes que nous coordonnons dans les ports et les aéroports, pour lutter aussi contre le financement des trafics ».

 Ces déclarations ont été prononcées à l'arrivée d'Emmanuel Macron à Erevan, avant même l'ouverture formelle des travaux. Les positions françaises exprimées hier matin dessinent les contours de ce que Paris entend défendre tout au long du sommet.