
Menacées de fermeture partout où elles existent encore, les écoles chrétiennes francophones d’Orient survivent grâce aux efforts des familles, et aux dons de ses soutiens. A cet effet, l’association Oeuvre d’Orient tiendra le 19 janvier prochain, au théâtre des Folies-Bergères de Paris, un concert caritatif en leur faveur. Un spectacle pensé et joué par des personnalités du monde culturel comme l’écrivain Sylvain Tesson ou la violoncelliste franco-arménienne Astrig Siranossian.
Par Marius Heinisch
Agir face à l’urgence
Souvent oubliées de l’actualité internationale, les écoles chrétiennes d’Orient n’en sont pas moins des acteurs centraux de leurs sociétés. Bien sûr, il s’agit avant tout d’écoles confessionnelles, dont le but premier est de faire perdurer, dans des territoires où celles-ci sont minoritaires et souvent menacées, les communautés chrétiennes d’Orient. Complément de l’Eglise, elles aident ainsi à structurer des groupes de chrétiens qui risqueraient autrement de disparaître, dilués dans la majorité quand ils ne sont pas directement attaqués pour leur foi.
Pour autant, elles assument des fonctions bien plus larges. Chrétien, leur public ne l’est pas exclusivement, et il n’est pas rare que certaines d’entre elles comptent parmi leurs élèves, et en nombre, des musulmans, juifs ou même athées. Elles participent alors par le bas au dialogue interreligieux, support de liens amicaux entre membres ordinaires de communautés religieuses différentes qui apprennent ainsi à se comprendre et s’estimer.
Pour celles que le concert du 19 janvier aux Folies-Bergères visent directement, s’ajoute une troisième dimension : celle de la francophonie. Reversant ses bénéfices à plus de 400 écoles chrétiennes francophones au Liban, en Syrie, en Arménie et encore dans d’autres pays, l’événement vise à défendre l’enseignement du français, en net recul dans les pays où les minorités chrétiennes se réduisent. C’est que l’apprentissage de cette langue est compris, par les organisateurs de l’association Oeuvre d’Orient aussi bien que par le personnel de ces écoles, comme le support d’une culture commune. En apprenant la cinquième langue la plus parlée au monde, non seulement les élèves de ces écoles affermissent leur éducation, ils entrent aussi virtuellement en contact avec près de 350 millions de locuteurs du français.
La musique, langue internationale ?
La soirée du 19 janvier préférera pourtant mettre à l’honneur un autre langage international : celui de la musique. Essentiellement musical, le spectacle est pensé par l’une de ses conceptrices, Astrig Siranossian comme “une représentation dynamique, vivante, un mélange de différents arts et différentes sensibilités”. L’idée est celle d’un concert de salon, librement entrecoupé de lectures et d’humour. Plusieurs pièces sont issues du répertoire arménien, notamment des œuvres de Komitas et Arno Babadjanian, “un ami de mon père !”, glisse la violoncelliste.
“J’aime faire découvrir mes racines arméniennes par la culture” explique celle dont les parents, issus des Arméniens de Constantinople du côté de son père, des Arméniens de Cilicie du côté de sa mère, se sont rencontrés en France.
Astrig Siranossian vit depuis toujours entre deux langues, le français de son pays, de sa vie quotidienne et professionnelle, et l’arménien, de ses racines, de sa famille. La culture arménienne, et notamment la musique, c’est, dit-elle, “tout ce qu’il y a pour faire connaître un petit pays sans ressources ni richesses particulières.” Héritière d’un peuple éparpillé par les drames de son histoire, elle sait peut-être plus intimement que d’autres la nécessité qu’il y a à “soutenir la culture, en allant voir des concerts, en se rendant dans les salles, en faisant vivre ses acteurs.”
Si ses talents de musicienne lui ont fait acquérir une certaine notoriété c’est donc qu’il faut “l’utiliser, prêter la main à des projets concrets, en faveur des causes auxquelles je suis sensible.”
L’action de l’Oeuvre d’Orient ne se limite pas à l’Arménie, mais Astrig Siranossian sait, par le souvenir de ses grands parents élevés dans des orphelinats chrétiens construits en Syrie à la suite du génocide des Arméniens, la valeur de ces établissements - et leur fragilité. Elle est aussi la fondatrice de Spidak/Sévane, une association qui vient en aide, depuis 2019 et à travers l’apprentissage de la musique, à des enfants de l’Arménie et du Liban.
Dans la mythique salle des Folies-Bergères, le 19 janvier prochain, deux transmissions auront lieu simultanément : transmission par la musique d’une culture vivante aux spectateurs ; transmission, par l’action caritative, d’un soutien aux écoles chrétiennes d’Orient. Par son histoire, son art et son engagement, Astrig Siranossian se situe à leur confluence.









