
À Erevan, la deuxième édition du Prix Goncourt – Choix de l’Arménie a confirmé l’ancrage de la francophonie dans le paysage culturel du pays. Porté par un jury d’étudiants issus de trois universités, le prix a récompensé cette année Le nom des rois de Charif Majdalani, à l’issue de plusieurs mois de lectures et de débats.
Par Pablo Hello
Le Choix Goncourt de l’Arménie s’installe dans le paysage culturel
Ce jeudi 2 avril, Erevan a accueilli la deuxième édition du Prix Goncourt – Choix de l’Arménie, désormais inscrite dans le calendrier de la francophonie du pays. Organisé grâce à la collaboration entre l’Institut français d’Arménie, l’Université française en Arménie et la maison d’édition Newmag, l’événement témoigne d’un ancrage croissant de la littérature francophone auprès de la jeunesse arménienne.
Le prix repose sur un principe simple : confier à des étudiants francophones le soin de désigner leur lauréat parmi une sélection d’ouvrages contemporains. Cette année, le jury était composé de 35 étudiants issus de trois établissements : l’Université française en Arménie, l’Université d’État d’Erevan et l’Université d’État des langues et des sciences sociales Valery Brusov. Pendant plusieurs mois, ces jurés ont lu, débattu et confronté leurs points de vue avant de se réunir pour délibérer.
Une francophonie vivante et partagée
La cérémonie s’est ouverte par l’intervention d’Olivier Decottignies, ambassadeur de France en Arménie. Saluant la tenue de cette deuxième édition, il a insisté sur la dynamique installée par l’événement : « Ce qui était une innovation devient aujourd’hui une tradition et même une institution. ». Dans son discours, il a également rappelé que la francophonie dépasse les frontières nationales. « La littérature et la langue française ne sont pas l’apanage de la France seule », a-t-il affirmé, soulignant ainsi la dimension internationale du prix et son appropriation par la jeunesse arménienne.
La présence du vice-ministre de la Culture, Daniel Danielyan, a renforcé cette dimension institutionnelle. Tous deux ont mis en avant les liens culturels et historiques qui unissent la France et l’Arménie, notamment à travers la langue, la littérature et les échanges universitaires.
Un choix issu d’un véritable débat
Après plusieurs mois de lecture, le jury étudiant s’est réuni pour une délibération finale marquée par des échanges nourris. Le second tour de vote a opposé trois ouvrages, illustrant la diversité des sensibilités au sein du jury.
C’est finalement Le nom des rois de Charif Majdalani qui s’est imposé, obtenant la majorité absolue avec 17 voix, conformément au règlement du prix. Ce choix reflète autant une appréciation littéraire qu’une résonance particulière avec les préoccupations des étudiants. L’annonce du lauréat a marqué un moment fort de la cérémonie, venant conclure plusieurs mois d’engagement collectif de la part des jurés.
La littérature comme outil de formation
À la suite de l’annonce, Daniel Danielyan a pris la parole pour rappeler le rôle fondamental de la littérature dans la formation des jeunes générations. Dans un discours axé sur la responsabilité éducative, il a souligné que les livres participent à la construction intellectuelle et morale des individus.
« Nous nous demandons souvent quel est le monde que nous laissons après nous… mais la vraie question est : quels enfants allons-nous laisser à notre monde ? », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance de transmettre des outils de réflexion et de compréhension à travers la lecture. Son intervention a replacé le prix dans une perspective plus large : celle d’une politique culturelle qui valorise la lecture comme vecteur de formation et d’ouverture.
Un engouement croissant pour la littérature francophone
Au-delà de la cérémonie, cette édition confirme l’intérêt grandissant pour la littérature francophone en Arménie. Le roman lauréat fera d’ailleurs l’objet d’une traduction en arménien, permettant ainsi à un public plus large d’y accéder.
Une clôture symbolique à distance
La cérémonie s’est conclue par une intervention inattendue. Depuis Beyrouth, Charif Majdalani est intervenu par téléphone pour remercier les membres du jury. Saluant leur lecture attentive et leur choix, il s’est dit particulièrement touché d’être distingué par de jeunes lecteurs arméniens.
L’auteur a également exprimé son souhait de se rendre en Arménie prochainement, confirmant ainsi la dimension vivante et évolutive de ce dialogue culturel.
Avec cette deuxième édition, le Choix Goncourt de l’Arménie confirme son installation dans le paysage culturel du pays. À travers l’implication des étudiants, il ne se limite pas à la remise d’un prix littéraire : il devient un espace d’échanges, de réflexion et de transmission, où la francophonie prend corps au sein des nouvelles générations.









