L'édito du mois

Zara NAZARIAN, directrice de la publication

On attendait la guerre au Karabagh, elle est arrivée en Arménie…

Depuis trois jours, les villages frontaliers du nord de l’Arménie sont soumis à des attaques de l’artillerie, y compris des systèmes « Grad », depuis le territoire de l’Azerbaïdjan voisin. Fidèle à ses méthodes, l’Azerbaïdjan n’hésite pas à concentrer son artillerie autour des villages peuplés en utilisant sa propre population civile en tant que bouclier.

L’armée arménienne fait preuve d’un courage et d’un professionnalisme extraordinaires, en enregistrant des exploits comme, par exemple, l’extermination d’un drone azéri de fabrication israélienne Elbit Hermes 900 réputé comme indestructible – ce serait bien la première fois que cet appareil d’une valeur d’environ 30 millions de dollars USD serait atteint…

Dire que ces attaques sont une « surprise », si ce mot est applicable à la guerre en général, reviendrait à nier l’évidence, tant elle sert bien les intérêts du tandem Turquie-Azerbaïdjan – un partenariat ethno-stratégique où chacun a son rôle à jouer, mais tous les deux ont un ennemi commun : l’Arménie.

L’Azerbaïdjan qui vit actuellement une crise profonde liée à l’effondrement du prix de pétrole, dont les circonstances sont directement perceptibles dans l’économie du pays, profondément corrompue et soumise à quelques clans dirigeants, n’a eu de cesse, durant ces quelques mois, de faire des déclarations belliqueuses en promettant même de « récupérer la ville azérie d’Iravan (Erevan, NDLR) ».  La méthode est vielle comme le monde : il faut trouver un bouc émissaire pour expliquer ses propres échecs, et qui d’autre si ce n’est le maudit « Ermenistan » pour jouer ce rôle.

La Turquie quant à elle est plus subtile, mais elle aussi, commence à jouer ouvertement, tantôt en laissant « fuir » les plans d’invasion d’Arménie, tantôt, comme cela était le cas ces derniers jours, en exprimant ouvertement son soutien à l’Azerbaïdjan. Les derniers événements, notamment la transformation du statut de la Sainte-Sophie en mosquée, silencieusement « avalé » par la communauté internationale, ne font que renforcer son attitude de tout-permis.

Tout cela se passe sur un fond de silence de la Russie - partenaire stratégique numéro un de l’Arménie et pilon du Conseil permanent de l'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) dont l’Arménie fait partie. Un silence qui en dit long, tant il remet les choses en place et démontre, si l’on en avait encore besoin, que l’Arménie doit apprendre à compter sur elle-même, tant sur le plan militaire que diplomatique.

Il reste espérer que l’Arménie saura tirer des leçons des années précédentes, que ce soit la première guerre du Karabagh, soldée par un cessez-le-feu défaitiste signé au moment même où les troupes arméniennes avançaient, ou bien la guerre de quatre jours d’avril 2016, qui a démontré le degré de corruption au sein de l’armée arménienne. Un long chemin a été parcouru depuis, et les succès enregistrés ces derniers jours en résultent.

La seule chose que les Arméniens veulent, c’est vivre en paix dans leur pays. Est-ce impossible ?