L'édito du mois

Zara NAZARIAN,
directrice de la publication

Vae Victis 

Les événements autour de l’Arménie et du Haut-Karabakh s’accélèrent mais ne deviennent guère plus compréhensibles ni rassurants. 

Le dernier venu dans cette lignée des casse-tête diplomatiques – le discours de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, dans lequel il avait annoncé la disparition du Groupe de Minsk. 

Disons les choses comme elles sont : le Groupe de Minsk de l’OSCE mandaté par l’ONU afin de jouer le rôle de médiateur dans le conflit autour du Haut-Karabakh n’a jamais brillé par une efficacité exemplaire, mais il avait le mérite d’exister dans un cadre institutionnel plutôt rassurant, ce qui laissait espérer un arbitrage impartial, mais surtout, servait de mécanisme de frein aux appétits belliqueux de Bakou. Un frein qui a lâché une première fois en avril 2016, une sorte de test grandeur nature, et voilà que la guerre de 44 jours a laissé apparaître les nombreuses carences de cet outil.   

À peine l’annonce de Lavrov faite, le coprésident français du Groupe de Minsk s’est précipité dans la région. Sa visite a été soutenue et confortée par un communiqué du Ministère français des Affaires étrangères déclarant notamment : « La France rappelle son plein engagement, tant à titre bilatéral qu’en sa qualité de présidente du conseil de l’Union européenne et de sa coprésidence du Groupe de Minsk, à promouvoir la paix et la stabilité dans la région du Sud-Caucase. » Cette déclaration va à l’encontre des propos tenus pas Lavrov, mais aussi ceux d’Ilham Aliev, qualifiant le mandat du Groupe de Minsk comme « expiré de facto ». 

Ce dernier passage du président azerbaïdjanais, en fait, ne fait que confirmer la validité « de jure » du mandat en question. Cela veut dire que le Groupe de Minsk continue si ce n’est son travail, du moins son existence, et donc, les cartes ne sont pas encore toutes jouées. 

Et l’Arménie dans tout cela ? Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, l’Arménie s’accroche, tel un naufragé à une bouée de sauvetage, à la possibilité de faire perdurer ce format de médiation internationale – seul et faible espoir d’une éventuelle discussion sur le statut d’Artsakh mais aussi, de la diminution de sa dépendance vitale au bon vouloir de la Russie.

Que dire ? Vae Victis - Malheur au vaincus…